Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019
Publié : ven. 05 avr. 2019 16:31
Son oraison était continuelle ; et la présence de Dieu lui était si familière qu'il n'en détournait jamais ni son esprit ni son cœur. Il ne donnait que cinq petites heures au sommeil, encore pouvait-il dire, comme l'épouse, que si ses sens étaient alors assoupis, son cœur ne laissait pas d'être éveillé ; car il ne cessait point, durant tout ce temps-là, de penser à Dieu et de s'occuper des vérités éternelles.
Il avait toujours le crucifix à la main, ou pendu au cou, pour mieux conserver la mémoire de la Passion de son Sauveur : et il l'appelait sa grande bible, parce qu'il y trouvait tous les trésors de la science et de la lumière de Dieu, qui sont répandus dans les saintes Écritures. Il se confessait tous les jours avant de célébrer la sainte messe ; et, lorsqu'il était au Canon, l'onction de la grâce dont son âme était remplie se dilatait si fort, qu'il versait des larmes en abondance. La dévotion envers la Sainte Vierge s'accrut toujours en lui avec l'âge, et il travaillait sans cesse à l'implanter dans le cœur de ses pénitents et de ses auditeurs.
Lorsqu'il arrivait en un lieu, il ne manquait jamais, quelque heure qu'il fût, d'aller à l'église saluer le Saint Sacrement, comme un enfant bien né qui n'entre point dans la maison de son père sans lui rendre ses devoirs et le saluer. Le plus souvent l'église était trop petite pour contenir son nombreux auditoire. Il choisissait alors une vaste place ou une plaine voisine, et y faisait dresser une estrade assez large pour supporter à droite un autel et à gauche une chaire. Il célébrait tous les jours une messe solennelle, accompagnée du chant de plusieurs clercs habiles et de la musique grave d'un orgue qui le suivait partout.
Après la messe, montant sur la chaire ornée de tapis précieux et d'un baldaquin qui le protégeait contre les rayons du soleil, et en même temps permettait à sa voix d'arriver avec plus de force jusqu'aux extrémités de son nombreux auditoire, Vincent prenait la parole, et se laissant aller à toute l'ardeur de son zèle, il exposait avec une force irrésistible, une éloquence toute divine, les grandes vérités de la religion. Après le sermon, il s'arrêtait quelque temps au pied de la chaire pour donner ses mains à baiser au peuple et bénir les malades qu'on lui présentait en foule. Il récitait sur eux des prières, qui souvent leur rendaient miraculeusement la santé. Une cloche avertissait le peuple de cet instant, et on l'appelait la cloche des miracles.
Quand il avait terminé cette œuvre de charité, notre Saint se rendait à l'église avec d'autres prêtres, ses compagnons, pour y entendre les confessions de ceux qui s'étaient convertis, et il y demeurait jusqu'à midi, heure de son repas. Tout en pourvoyant aux nécessités de la vie par une frugale nourriture, il se faisait faire une lecture de l’Écriture sainte ; son repas terminé, il continuait lui-même cette lecture, ou il méditait en silence pendant une heure. La lecture finie, et Vêpres récitées, il prêchait encore au peuple un grand sermon. Le reste de la journée était employé à écouter les confessions, à prêcher en particulier aux moines, aux religieuses, aux prêtres, à certaines réunions particulières, où l'inspiration divine le conduisait ; là, souvent il ébranlait les personnes endurcies, réconciliait les adversaires, faisait restituer les biens acquis injustement, et consolait les affligés.
Vers le soir, il disait à un de ses frères de sonner la cloche des miracles. A ce son bien connu, les malades se rassemblaient à l'église pour recevoir la santé. Enfin, à l'entrée de la nuit, il présidait une procession de pénitents qui se donnaient publiquement la discipline, et c'est par cette cérémonie que Vincent terminait les exercices publics de son ministère.
Outre les grâces sanctifiantes, il était admirablement avantagé de celles que nous appelons gratuites, et qui sont données pour le salut du prochain. Entre autres, il possédait éminemment celle de parler avec clarté, avec force, avec onction et avec une divine éloquence. Lorsqu'il traitait un sujet de compassion et d'amour, il le faisait avec une si grande douceur et une parole si pathétique, qu'il attendrissait tous les cœurs. Mais lorsqu'il prêchait sur le péché, la mort, le jugement, le purgatoire ou l'enfer, c'était avec un zèle si fort et si foudroyant, qu'il jetait la terreur dans les âmes les plus endurcies. C'est ce qui lui arriva un jour à Toulouse prêchant sur le jugement dernier, et répétant ces paroles de saint Jérôme : « Levez-vous, morts, et venez au jugement », il effraya tellement ses auditeurs, qu'il les fit tous trembler et frémir. Une autre fois, parlant encore sur le même sujet au milieu d'une place publique, plusieurs milliers de personnes qui l'écoutaient furent saisies d'une si grande frayeur, qu'elles tombèrent en défaillance. Pendant la plupart de ses sermons, on entendait les cris et les gémissements d'un grand nombre des assistants, en sorte qu'il était souvent obligé d'interrompre ses prédications et de s'arrêter tout court, jusqu'à ce que les sanglots de ses auditeurs eussent cessé. Ses discours n'étaient pas seulement affectifs : il les fortifiait encore de raisonnements si puissants, et de tant d'autorités tirées de l’Écriture et des Pères de l’Église, que l'on aurait dit qu'il savait par cœur ou qu'il avait devant les yeux tous les livres saints. Sa voix était tout à la fois forte et agréable, et quelque grande que fût la multitude de ses auditeurs, les plus éloignés l'entendaient aussi aisément que ceux qui étaient le plus près. Il est même arrivé quelquefois, par un grand miracle, que des personnes éloignées de plusieurs lieues, qui n'avaient pu venir à son sermon, l'ont entendu aussi distinctement que si elles eussent été au milieu de l'assemblée.
Il avait si éminemment le don des langues, que celle dont il se servait en chaire devenait intelligible à toutes sortes de nations, et qu'il n'y avait personne en son auditoire, soit Français, soit Italien, soit Allemand, Anglais, Grec ou Barbare, qui ne l'entendît et ne conçût aussi parfaitement ce qu'il disait, que s'il eût parlé la propre langue de tous ces différents pays.