Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 37 (Novembre 1993)
3. ACTUALITÉ DOCTRINALE
LA CROISADE DES ZOUAVES PONTIFICAUX
5) Commencement de la Spoliation Sacrilège des Etats Pontificaux :
Si les choses en étaient restées là, ce n'eût été que demi-mal. Mais les Piémontais si réservés au combat savaient en revanche fomenter des troubles.
Ils envoyèrent des émissaires pour préparer des voeux et des plébicistes par lesquels les populations des Trois Duchés, des Légations et des Romagnes demandaient "spontanément" leur rattachement au champion de l'Italie, le Piémont.
Ces mouvements étaient possibles dans les Romagnes et les Légations car les troupes autrichiennes qui les protégeaient (comme les troupes françaises protégeaient Rome depuis 1849), avaient dû se retirer devant l'offensive française en Lombardie.
La Romagne comprenait entre autres les terres de l'ancien exarchat de Ravenne donné au Pape par Charlemagne !
L'antiquité et la jouissance paisible de ce territoire ne suscitèrent aucun défenseur au Pape parmi les puissances catholiques. Tout le monde s'inclinait devant le "choix spontané des populations".
Il faut noter ici avec J.M. Villefranche (8) :
« Dans les Romagnes... on n'admit que 18.000 électeurs sur 200.000, ou peut s'en faut, qu'eût exigé un scrutin universel et sur ces 18.000, moins d'un tiers se présentèrent aux urnes.».
Ah la belle démocratie que voilà ! ....
Les "Puissances" feignant de croire à cette mascarade, le Saint—Siège usa des seules armes en son pouvoir : la protestation et la condamnation :
«Lié par le devoir de Notre Charge Apostolique et par un serment solennel, Nous devons veiller avec la plus grande vigilance à la conservation de la Religion, garder complètement intacts et inviolables les droits et les possessions de l'Eglise Romaine, maintenir et préserver de toute atteinte la liberté de ce Saint-Siège, à laquelle tient le bien de l'Eglise universelle, et par conséquent défendre la Souveraineté que la divine Providence a donnée aux Pontifes Romains pour qu'ils puissent exercer librement dans tout l'univers leur charge sacrée, afin de transmettre dans toute son intégrité cette même Souveraineté à Nos Successeurs ; comment pourrions-Nous donc ne pas condamner, ne pas détester les entreprises et les efforts iniques et impies de Nos sujets en révolte ?
Comment pourrions—Nous ne pas leur opposer une énergique résistance ?
C'est pourquoi, par une protestation de Notre Cardinal Secrétaire d'Etat, envoyée à tous les ambassadeurs, ministres et chargés d'affaires de nations étrangères auprès de Nous et de ce Saint-Siège, Nous avons condamné et flétri les audacieuses et criminelles entreprises de ces rebelles, et maintenant, élevant la voix dans votre auguste Assemblée, Vénérables Frères, Nous protestons encore de toute la force de Notre âme contre tout ce que les révoltés ont osé faire dans les lieux indiqués tout à l'heure, et, en vertu de Notre autorité suprême, Nous condamnons, réprouvons, cassons, abolissons tous et chacun des actes accomplis soit à Bologne, soit à Ravenne, soit à Pérouse, soit ailleurs, par ces mêmes factieux contre la Souveraineté légitime et sacrée qui Nous appartient à Nous et à ce Saint—Siège, quelle que soit d'ailleurs la manière dont ils ont été accomplis et quel que soit le nom sous lequel on les désigne, déclarant et décrétant que tous ces actes sont nuls, illégitimes et sacrilèges.
Nous rappelons de plus au souvenir de tous l'excommunication majeure et les autres censures et peines ecclésiastiques portées par les sacrés Canons, par les Constitutions Apostoliques et par les Décrets des Conciles généraux, surtout du Concile de Trente (Ses. 22 ch.11), peines qu'encourent, sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune déclaration, tous ceux qui ont eu l'audace d'attaquer, en quelque manière que ce soit, la puissance temporelle du Pontife Romain, et Nous déclarons que tous ceux-là les ont malheureusement encourues, qui, à Bologne, à Ravenne, à Pérouse ou ailleurs, ont osé, soit par leurs actes, soit par leurs conseils, soit par simple consentement ou de quelque manière que ce puisse être, violé, troublé et usurpé la puissance et la juridiction civiles qui Nous appartiennent à Nous et à ce Saint-Siège, et le Patrimoine du Bx. Pierre.
Mais tout en Nous voyant obligé, à raison de Notre Charge et non sans en éprouver une vive douleur dans Notre âme, de faire ces déclarations et de les rendre publiques, Nous ne cessons, pleurant le triste aveuglement de tant de Nos fils, de demander humblement et de toutes Nos forces au Père très-clément des miséricordes, qu'il fasse par sa toute-puissante vertu, luire le plus tôt possible ce jour si désiré où Nous pourrons recevoir avec joie, dans Notre sein paternel, Nos fils repentants et rentrés dans le devoir, et où, les troubles étant apaisés, Nous verrons rétablis l'ordre et la tranquillité dans tous Nos Etats Pontificaux.
Trouvant Notre appui dans cette confiance en Dieu, Nous sommes aussi soutenu par cette espérance, que les Princes de l'Europe, aujourd'hui comme autrefois, mettront toute leur sollicitude à protéger la Souveraineté temporelle qui Nous appartient, à Nous et à ce Saint-Siège, et uniront leurs desseins et leurs efforts pour la conserver entière, comprenant qu'il importe à tous et à chacun d'eux que le Pontife Romain jouisse d'une pleine liberté, afin qu'il soit convenablement pourvu à la sécurité des consciences pour les Catholiques qui vivent dans leurs Etats.
Cette espérance s'augmente encore, parce que, suivant les déclarations de Notre très-cher fils en Jésus-Christ, l'Empereur des Français, les armées françaises qui sont en Italie, non seulement ne feront rien contre Notre pouvoir temporel et la domination du Saint-Siège, mais, au contraire, les protégerons et les conserveront ! »
(Allocution Consistoriale du 20/6/1859)