Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

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Abbé Zins
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Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


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RÉPONSES AUX OBJECTIONS : (*)


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182. Pour cela, définissons d'abord le mot sanctification.

Selon le sens sacré de ce mot, notre sanctification signifie notre mise à part pour Dieu, autrement dit notre détachement de tout ce qui n'est pas Dieu, ou pour Dieu, pour nous donner pleinement à Dieu et Le servir en tout et en tous, ce à quoi revient « l'état élevé de la perfection que nous appelons ici l'union de l'âme avec Dieu » (S. Jean de la Croix, "Montée du Carmel", Sommaire).

Notre sanctification consiste donc : 1̊) quant à son terme définitif, en notre union définitive avec Dieu ; 2̊) quant à la tension vers ce terme et à son accomplissement, en la Volonté de Dieu, en la grâce qu'Il nous accorde pour que nous nous unissions à sa Volonté en la pratiquant. Ce que nous allons démontrer peu à peu.


183. Pour cela, analysons d'abord la première acception, celle de la Volonté de Dieu voulant notre sanctification.

Ce premier sens montre bien que ce qui est premier et le plus élevé, c'est la Charité de Dieu envers nous, autrement dit sa Volonté de s'unir à nous et donc que nous soyons unis à Lui :

« En cela est apparue la charité de Dieu envers nous, que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. En cela est la charité : non comme si nous avions aimé Dieu, mais en ce que Lui nous a aimés le premier, et a envoyé son Fils pour la propitiation de nos péchés » (I Jn. 4,9-10) ;

« Dieu a fait éclater sa charité envers nous, car c'est lorsque nous étions encore pécheurs que le Christ est mort pour nous » (Rom. 5,8-9).


Tandis que notre sanctification, notre volonté de Lui être uni en retour, notre charité envers Lui, notre entrée dans l'union définitive avec Lui ou notre salut, notre union définitive à Lui ou notre béatitude, ne sont que seconds, dépendent de la Volonté première de Dieu et ne font qu'en découler comme une conséquence découle de sa cause :

« Nous, donc, aimons Dieu, parce que Dieu nous a aimés le premier » (I Jn. 5,19).




(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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184. La Charité ou Volonté divine est donc à la fois, « principe et achèvement, commencement et fin, alpha et omega » (Apoc. 1,8 ; 21,6 ; 22,13), ce « de qui, par qui, en qui et pour qui » (Rom. 11,36 ; Co1. 1,16 ; Hb. 2,10) nous devons aimer et vouloir à notre tour : « Celui qui dit qu'il demeure en Dieu doit, comme Dieu agit, agir lui-même » (I Jn. 2,6) ; « car je vous ai donné l'exemple, afin que comme j'ai fait pour vous, ainsi vous fassiez » (Jn. 13,15 ; cf. Co1. 3,13) ; « Ayez en effet en vous les sentiments qui sont dans le Christ-Jésus » (Phil. 2,5), « car le Christ vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces » (I Petr. 2,21).

Or quel est cet exemple que nous a donné le Christ-Jésus dans ses rapports avec le Père et avec nous ?

« En tête du Livre il est écrit de moi », le Christ, « que je ferai votre volonté. Mon Dieu, je l'ai voulu, et votre loi est au milieu de mon coeur » (Ps. 39,8-9).


Voici donc les sentiments du Christ-Jésus vis-à-vis de Dieu : faire la Volonté de Dieu, et cela parce qu'Il L'aime ; d'où ces paroles : « En celui qui observe sa parole » (celle de Dieu) « la charité envers Dieu est vraiment parfaite » (I Jn. 2,5) ; « Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn. 6,38) ; « ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, afin de parfaire son oeuvre » (Jn. 4,34).


Mais quelle est cette Volonté de Dieu, cette oeuvre que Dieu a donnée à faire à son Fils en faveur des hommes ?

« Vous n'avez point voulu de sacrifice et d'oblation » venant de leur part, qui n'aurait su réparer leur offense infinie, « et vous n'avez point demandé d'holocauste » venant d'eux, qui n'aurait pu suffire ; « alors j'ai dit : Me voici... j'ai annoncé votre justice » (Ps. 39,7-8,10).

Ceci en réponse aux justes plaintes de Dieu, exprimées en Isaïe 43,23 : « Tu ne m'as point glorifié par tes victimes.. Je ne t'ai point contraint à me servir par tes oblations et je ne t'ai point donné de peine pour l'encens » etc..



(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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185. D'où les deux fins de l'Incarnation, vis-à-vis de nous : « pour nous les hommes, et pour notre salut » : notre purification par le sang du divin Agneau, afin de pouvoir nous appeler à connaître Dieu et à nous unir à Lui ; ce qui revient à l'oeuvre de notre sanctification, selon le commandement reçu de Dieu le Père, accomplie par amour de Lui et pour sa plus grande Gloire accidentelle, par le Verbe de Dieu fait Homme, Dieu Incarné.

D'où aussi cette réponse, deux versets plus loin, déjà citée (n̊ 156), que Dieu se fait à Lui-même, pour nous donner à comprendre la raison suprême de son oeuvre en notre faveur : « C'est Moi, c'est Moi-même qui efface tes iniquités POUR MOI-MÊME » (Is. 43,25).

"Propter Me", pour Moi-même, à cause de Moi-même, en raison de Moi-même, « parce que je suis miséricordieux et patient, et rempli de multiples miséricordes, je détruirai tes iniquités dans l'aspersion du sang du Nouveau Testament.» (Saint Jérôme in Is. 43,25)


Où l'on voit très bien qu'au-dessus de la finalité seconde concernant le genre humain, il y a la finalité des finalités qu'est Dieu Lui-même, sa Bonté infinie qui se glorifie en se communiquant gratuitement sans qu'aucune raison ne le justifie dans les créatures mais seulement sa Bonté gratuite, ainsi que nous l'a si bellement montré saint Thomas (n° 157s).



(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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186. D'où encore cette prière du Verbe Incarné au Père : Alors, Père, puisque « moi je vous ai glorifié sur la terre, j'ai consommé l'oeuvre que vous M'aviez donnée à faire, maintenant, vous Père, glorifiez-moi auprès de vous-même », moi Dieu le Verbe Incarné et fait Homme, « de la gloire que j'ai eue auprès de vous-même avant que le monde fut » (Jn. 17,4).

Le but premier du Verbe Incarné concerne donc bien le Père, d'abord en Lui-même, en L'aimant pour et en Lui-même, et en accomplissant donc sa Volonté (cf. Jn. 15,21) qui par sa nature divine est aussi la sienne propre, puis vis-à-vis des hommes en recherchant la Gloire accidentelle du Père en accomplissant sa Volonté en leur faveur ; et son intention connexe et subordonnée à la première en tant qu'elle est la Volonté du Père, est l'oeuvre de la sanctification des hommes.

Et, ce double but étant rempli par son union à une nature humaine, par l'annonce ou la prédication de la justice ou sainteté, de la miséricorde et de la nature de Dieu, à travers la nature humaine assumée, ainsi que par l'immolation d'avance offerte de celle-ci, la Personne du Verbe Incarné demande (Jn. 17,4) la glorification auprès du Père de sa nature humaine, selon la gloire même que sa nature divine a de toute éternité auprès du Père.

Cette glorification de sa nature humaine étant voulue après la Gloire accidentelle de Dieu vis-à-vis de nous, mais davantage que notre sanctification.


Où l'on retrouve, dans leur ordre hiérarchique, les trois éléments de la cause finale de notre sanctification, cités plus haut (n° 127 ; 171s.).

Où nous est aussi donné, en l'Humanité Sainte de Notre divin Sauveur et Maître, le modèle parfait et achevé de la Charité :

1̊) l'Amour de Dieu plus que tout ;

2̊) l'amour de soi-même et 3̊) l'amour du prochain comme soi-même, tous deux pour l'Amour de Dieu.



(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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187. Si donc, comme nous le devons (Phil. 2,5 ; I Jn. 2,6 ; Jn. 13,15), nous avons en nous les sentiments mêmes qui sont dans le Christ-Jésus,

notre intention première et fondamentale doit donc être Dieu Lui-même, en L'aimant pour et en Lui-même, en accomplissant donc sa Volonté (Jn. 14,15 ; I Jn. 5,3), en nous y conformant et unissant, en tendant à ne faire plus qu'un avec Elle (Jn. 17,21),

puis sa Gloire accidentelle vis-à-vis des hommes, donc de nous-mêmes et de notre prochain ;

puis, et de façon connexe, la Gloire accidentelle du Verbe Incarné ;

en ayant enfin comme intention, également connexe puisque telle est la Volonté de Dieu, notre sanctification et tout ce qui doit la suivre en ce qui nous concerne,

principalement notre béatitude et notre gloire auprès de Dieu, et la sanctification du prochain et ses suites.


Hiérarchie de nos devoirs et désirs si bien exprimée par le double précepte de la charité.



(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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188. Ce que nous venons de démontrer en partant de la première acception des paroles de saint Paul, nous faisant partir de la Charité divine et de l'exemple visible et palpable (cf. I Jn. 1,1) que nous a laissé le Verbe Incarné, il nous reste à le démontrer, avec saint Jean de la Croix, en partant de nous, autrement dit selon la seconde acception : notre sanctification consiste en la Volonté de Dieu.

En effet, "la montée du Carmel", ou l'élévation de l'âme à l'état de la perfection, soit la sanctification, consiste dans la progression de « l'union de l' âme avec Dieu.» (Sommaire)


189. « L'état de cette divine union consiste en ce que la volonté de l'âme est complètement en la volonté divine ; il n'y a plus rien en elle qui soit opposé à la volonté divine ; aussi elle ne se meut en tout et pour tout que d'après la volonté divine.

Voilà pourquoi nous disons que, dans cet état, les deux volontés, celle de l'âme et celle de Dieu, n'en font plus qu'une, et que cette volonté de Dieu est bien celle de l'âme.

Or si l'âme s'attache à quelque imperfection que Dieu ne veut pas, elle n'est pas encore arrivée à avoir une seule volonté avec celle de Dieu.

Elle voudrait, en effet, une chose que Dieu ne voudrait pas. Il est donc clair que, pour s'unir à Dieu par l'amour et par la volonté, l'âme doit maîtriser toutes ses tendances volontaires, si petites qu'elles soient...

Tant qu'elle les aura, elle ne pourra, si petite que soit l'imperfection, réaliser de progrès.

Qu'importe que l'oiseau soit retenu par un fil léger ou une corde Le fil qui le retient à beau être léger, l'oiseau y reste attaché comme à la corde, et tant qu'il ne l'aura pas rompu, il ne pourra pas voler.

Sans doute, ce fil léger est plus facile à rompre ; mais si facile à rompre que soit ce fil, l'oiseau ne peut, tant qu'il ne l'a pas rompu, prendre son essor....

C'est une pitié de voir certaines âmes ; elles sont comme de riches navires, chargées de bonnes oeuvres et d'exercices spirituels, de vertus et de faveurs divines, mais elles n'ont pas le courage d'en finir avec un petit attrait, une légère attache ou affection, ce qui est tout un ; aussi ne progresseront-elles pas ; elles n'arriveront pas au port de la perfection.

Et pourtant, que leur fallait-il pour cela ? Il suffisait d'un bon coup d'aile pour achever de rompre le fil d'attache ou enlever cet obstacle (remora) de leurs tendances.

Dieu les a déjà aidées à briser d'autres liens beaucoup plus forts des affections qu'elles portaient au péché et aux vanités.

Aussi est-il vraiment déplorable de voir que pour une attache à un enfantillage que Dieu leur a laissé à vaincre par amour pour lui et qui n'est qu'un simple fil, un léger duvet, elles cessent d'avancer et n'arriveront jamais à ce bien incomparable de l'union avec Dieu.»


(La Montée du Carmel, 1.1 ch.11)



(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.

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190. « Il est dit en effet en Deut. 6,5 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces ».

Ce passage renferme tout ce que l'homme spirituel doit faire pour arriver vraiment à unir sa volonté à Dieu par le moyen de la charité.

Il prescrit en effet à l'homme de diriger vers Dieu toutes les puissances, toutes les tendances, toutes les oeuvres et toutes les affections de son âme, afin que toutes ses aptitudes et toutes ses forces ne servent qu'à cette fin.

C'est là ce que dit David : « Je vous garderai ma force » (Ps. 58,10).» (Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, 3,15)



191. « Il a déjà été montré que l'homme était tenu de se donner à Dieu. Il faut maintenant considérer ce que l'homme doit donner de soi-même à Dieu.

L'homme doit donner à Dieu quatre biens, à savoir : son coeur, son âme, son esprit et sa force.

C'est pourquoi il est dit en Mt. 22,37 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et de toute ton âme, et de tout ton esprit, et de toute ta vertu », c.à.d. ta force.

Or il faut savoir que l'on doit entendre ici parle coeur, l'intention.

Car l'intention possède une telle puissance qu'elle attire à elle l'oeuvre tout entière : d'où le fait que toute bonne action faite avec une mauvaise intention est rendue mauvaise : « Si ton oeil » (autrement dit ton intention) « est mauvais, tout ton corps sera ténébreux » (Lc. 11,34), en d'autres termes tout l'ensemble de tes bonnes oeuvres sera enténébré.

C'est pourquoi, en toutes nos actions, nous devons placer en Dieu notre intention : « Soit, donc, que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quoi que ce soit d'autre, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Cor. 10,31).

Mais l'intention ne suffit point, il faut de plus la rectitude de la volonté, qui est signifiée par l'âme.

En effet, il arrive fréquemment que quelqu'un agisse avec une bonne intention, mais inutilement, parce que la rectitude de volonté fait défaut.

Par exemple, si quelqu'un vole pour nourrir un pauvre, l'intention est bonne, mais la rectitude exigée de la volonté fait défaut.

Par conséquent, la bonne intention n'excuse pas le mal qui est fait (nullum malum bona intentione factum excusatur) : « Ceux qui disent : Faisons tel mal pour obtenir tel bien (faciamus mala ut veniant bona) : leur damnation est juste » (Rom. 3,8).

Or la volonté droite est jointe à la bonne intention, quand cette volonté elle-même concorde avec la volonté divine ; ce que nous implorons quotidiennement, en disant : « que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

C'est aussi ce qui est exprimé dans le Psaume 39,9 : « Que je fasse votre volonté, mon Dieu, je l'ai voulu ».

C'est pourquoi il est précisé : « de toute ton âme » ; le mot âme étant fréquemment employé dans l'Ecriture pour désigner la volonté.»


(Saint Thomas, Commentaire des 10 Commandements, n° 39-41 - Instruction donnée en la Basilique Saint-Pierre de Rome sur la demande du Pape)



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192. « Mais la bonne intention et la volonté droite n'excluent pas toujours tout péché de l'esprit. C'est pourquoi il faut de plus donner à Dieu tout son esprit : « réduisant en captivité l'esprit tout entier en vue de sa soumission au Christ » (II Cor. 10,5).

Beaucoup, en effet, ne pèchent point par une action, mais se complaisent néanmoins à penser souvent à l'objet du péché. C'est à leur encontre qu'il est dit : « Otez la malice de vos pensées » (Is. 1,16).

Il y en a aussi beaucoup qui, se fiant à leur sagesse, ne veulent point donner leur assentiment à la foi, et ceux-là ne donnent pas leur esprit à Dieu. C'est à leur encontre qu'il est dit : « Ne t'appuie pas sur ta propre prudence » (Prov. 3,5).


Mais cela ne suffit pas encore : il faut en outre donner à Dieu toute sa vertu et sa force : « C'est pour vous que je garderai ma force » (Ps. 58,10). Car il en est certains qui emploient leur force pour pécher, et c'est en cela qu'ils entendent manifester leur puissance. C'est à leur encontre qu'il est dit : « Malheur à vous qui êtes puissants à boire le vin, et hardis pour faire des mélanges enivrants » (Is. 5,22).

D'autres entendent manifester leur puissance ou leur force en nuisant au prochain, alors qu'ils devraient la montrer en lui venant en aide : « Délivrez ceux qui sont conduits à la mort ; et ne cessez point de libérer ceux que l'on traîne à leur perte » (Prov. 24,11).


Pour aimer Dieu, il faut donc donner tout cela à Dieu : l'intention, la volonté, l'esprit, et la force.»


(Saint Thomas, Commentaire des 10 Commandements, n° 42-43)




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193. « La force de l'âme se trouve dans ses puissances, ses passions et ses tendances, qui toutes sont gouvernées par la volonté.

Or quand la volonté les détourne de ce qui n'est pas Dieu et les dirige vers Dieu, elle garde alors la force de son â?me pour Dieu ; c'est ainsi qu'elle parvient à aimer-Dieu de toutes ses forces.

Pour que l'âme atteigne ce but, nous nous occuperons ici de purifier la volonté de toutes ses affections désordonnées, qui sont la source d'où procèdent ses tendances, ses attaches et ses oeuvres désordonnées, et d'où vient également qu'elle ne garde pas toute sa force pour Dieu.

Ces affections ou passions sont au nombre de quatre, à savoir : la joie, l'espérance, la douleur et la crainte » (Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3, ch. 15)


194. « Il faut savoir que si l'une d'elles est bien dirigée et soumise au joug de la raison, toutes les autres la suivront dans la même mesure.

Elles sont vraiment soeurs et si unies entre elles que là où une va actuellement les autres y tendent virtuellement ; ou si l'une d'elles se retire actuellement, les autres se retirent virtuellement dans la même mesure.

Si, en effet, la volonté se réjouit d'une chose, c'est dans la même proportion qu'elle va l'espérer, ou qu'elle va éprouver de la douleur ou de la crainte par rapport à cet objet. Dans la mesure, au contraire, où sa joie diminue, elle perd aussi la douleur, la crainte ou l'espérance...

Si l'une s'abaisse, toutes s'abaissent ; si l'une s'élève, toutes s'élèvent ; là où tend l'espérance, tendent aussi la joie, la crainte ou la douleur ; et si elle se détourne d'un objet, toutes s'en détournent ; ainsi en est-il pour chacune des autres.» (ibid.)


Donc, en étudiant le travail à opérer sur la première, la joie, cela implique l'opération ou action sur les quatre.

« Voilà pourquoi Boèce a dit : Si vous voulez connaître la vérité dans toute sa clarté, faites abstraction de la joie, de l'espérance, de la crainte et de la douleur ; car tant que ces passions règneront en vous, elles ne laisseront pas à votre âme la tranquillité et la paix requises pour recevoir naturellement et surnaturellement la sagesse...

Quand on les applique à Dieu par un exercice raisonnable, de telle sorte que l'âme ne se réjouisse que de ce qui intéresse purement l'honneur et la gloire de Dieu Notre Seigneur, ne mette qu'en lui son espérance, ne s'afflige que de ce qui le blesse, ne craigne que lui, il est clair que l'on dispose et que l'on garde toutes les forces de l'âme et toute son habileté pour Dieu.

Au contraire, plus l'âme se réjouirait en quelque autre chose, et moins de force elle conserverait pour mettre sa joie en Dieu ; plus elle mettrait sa confiance dans quelque chose de créé, moins elle en mettrait en Dieu ; et ainsi des autres passions...

En définitive, pour arriver à l'union avec Dieu, il faut purifier la volonté de ses affections et tendances, afin que, d'humaine et de grossière qu'elle est, elle devienne une volonté toute divine et ne fasse plus qu'une même chose avec la volonté de Dieu.» (id.)



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195. « La joie peut naître de six genres d'objets ou de biens : temporels, naturels, sensuels, moraux, surnaturels et spirituels...

Mais avant tout, il faut rappeler un principe qui sera comme le fondement sur lequel nous devons toujours nous appuyer. Ce principe, il convient de ne point le perdre de vue...

Ce principe est le suivant : La volonté ne doit se réjouir que de ce qui regarde l'honneur et la gloire de Dieu ; or le plus grand honneur que nous puissions lui rendre, c'est de le servir d'après les règles de la perfection évangélique ; et tout ce qui est en dehors de là est de nulle valeur ou utilité pour l'homme.»

(Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3, ch. 16)


196. Ce que saint Jean de la Croix développe ensuite pour chacun de ces six genres de biens, vaut, quant à sa substance, pour tous les autres.

Or voici ce qu'il écrit très clairement au sujet des biens moraux :

« Il y eut également dans l'antiquité beaucoup d'hommes qui pratiquèrent certaines vertus et accomplirent de bonnes oeuvres.

Nous voyons même de nos jours beaucoup de Chrétiens qui agissent semblablement ; ils se distinguent par de hauts faits ; et tout cela ne leur servira de rien pour la vie éternelle ; car ils n'ont pas en vue l'honneur et la gloire de Dieu seul et ne mettent pas son amour au-dessus de tout.

Le Chrétien doit donc se réjouir, non pas de faire de bonnes oeuvres et d'avoir de saintes coutumes, mais d'agir uniquement par amour pour Dieu, sans autre considération.

Plus, en effet, les oeuvres faites pour Dieu seul méritent de récompense et de gloire, plus aussi, quand elles sont accomplies pour d'autres considérations, elles attirent de confusion devant Dieu.

Aussi le Chrétien, pour élever vers Dieu la joie qu'il trouve dans les biens moraux, doit considérer que la valeur de ses bonnes oeuvres : jeûnes, aumônes, pénitences, oraisons, etc., ne repose pas seulement sur leur nombre et leur qualité intrinsèque, mais surtout sur l'amour de Dieu dont il s'anime alors ; ses oeuvres sont d'autant plus excellentes qu'elles partent d'un amour de Dieu plus pur et plus parfait, et qu'on y recherche moins un intérêt quelconque de joie, de goût, de consolation ou de réjouissance pour ce monde et pour l'autre.

Voilà pourquoi le coeur ne doit pas s'attacher au goût, à la consolation, à la saveur ni autres satisfactions qui accompagnent d'ordinaire l'exercice de la vertu et la pratique des bonnes oeuvres ; il doit rapporter sa joie à Dieu, désirer travailler à la gloire de Dieu par ce moyen, renoncer à la joie qu'il y trouve et s'en priver, vouloir que Dieu seul s'en réjouisse et la savoure en secret, enfin il n'aura pas d'autre intérêt, ni d'autre bonheur que de travailler à l'honneur et à la gloire de Dieu. C'est ainsi qu'il concentrera en Dieu toute la force de sa volonté en ce qui concerne les biens de l'ordre moral.»

(Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3, ch. 26)





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