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Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : dim. 13 nov. 2022 15:34
par Laetitia
PREMIER SERMON POUR LE XXIIIe DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE.

Explication de l’Évangile et en particulier du texte :

Confide, filia, fides tua te salvam fecit.
Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a sauvée.
Matth. IX, 22.

Saint Matthieu raconte dans l'évangile de ce jour deux miracles éclatants que notre Seigneur a opérés, l'un, en guérissant une femme affligée depuis douze ans d'une perte de sang, l'autre, en rappelant à la vie une jeune fille de douze ans qui était morte.
Or, ces deux miracles renferment une signification mystérieuse.

La jeune fille morte figure le peuple infidèle, dont on peut dire qu'il était mort à l'égard du culte de Dieu. Livré, en effet, à l'idolâtrie qui le prosternait devant le bois ou la pierre, ce peuple, semblable à un cadavre, n'avait aucun sentiment ni aucun mouvement de la piété et de la véritable religion. L'hémorrhoïsse représente le peuple juif qui, ayant d'ailleurs la connaissance du vrai Dieu, était atteint d'une perte de sang, c'est-à-dire qu'il ne se mettait point en peine d'arrêter les mouvements de ses convoitises et de ses désirs. La loi, comme dit l'Apôtre, donne bien la connaissance du péché, mais elle ne donne point la grâce qui empêche de le commettre, Rom. 111, 20.

Mais le Fils de Dieu, voulant le salut de l'une et de l'autre nation, est venu dans ce monde pour rappeler les païens à la vie, et pour guérir par le bienfait de sa grâce les Juifs esclaves de leurs cupidités. De cette sorte, ce que la loi ne pouvait point faire, la grâce du divin Esprit l'a opéré. Les deux miracles de notre évangile vont donc faire le sujet de ce discours. Mais avant de le commencer, implorons humblement l'assistance divine, par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : dim. 13 nov. 2022 15:36
par Laetitia
« Pendant que Jésus parlait à la foule, un chef de la synagogue s'approcha de lui et l'adora en disant : Seigneur, ma fille vient de mourir ; mais venez, imposez lui les mains, et elle vivra. » Saint Marc dit que ce chef ne se contenta pas d'adorer Jésus, mais qu'il se prosterna à ses pieds; ce qui est assurément le plus grand témoignage de respect que l'on ait jamais rendu à quelqu'un. Et cependant, à n'en juger que par les dehors, notre Seigneur avait l'apparence et l'extérieur d'un homme appartenant à une humble condition ; on le croyait fils d'un artisan, et en même temps les disciples de Jean et les Pharisiens l'accusaient de manger et de boire avec les pécheurs ; ce qui n'empêche pas le chef de la synagogue de se prosterner à ses pieds, non point en secret, dans l'intérieur d'une maison ou dans quelque endroit écarté,mais publiquement et sous les yeux de la multitude. C'est là certes une marque de respect qu'on ne donne même pas aux rois et aux empereurs de la terre. Quel est donc le motif qui détermine cet homme à s'humilier et à se jeter ainsi aux pieds de Jésus ? Nul autre que l'extrême affliction dont il était accablé. Sans cette pénible circonstance, il n'aurait jamais rendu un tel hommage au Fils de Dieu. Tel est en effet, mes frères, le premier fruit des afflictions. Il en est un grand nombre d'autres encore que je vous exposerai brièvement, pour offrir quelque consolation aux personnes éprouvées par l'infortune. Tous tant que nous sommes, nous désirons une vie heureuse et paisible, et, par la même raison, nous cherchons à fuir les souffrances, les peines de la vie et les maladies du corps, comme un fléau et la plus funeste calamité. Ces maux cependant ne sont pas moins utiles au salut de l'âme que les remèdes des médecins à la santé du corps, quelque désagréables et amers qu'ils soient au goût.

Quel est donc le premier fruit de l'affliction ?
C'est la pratique de l'humilité, comme vous avez pu le reconnaître tout à l'heure dans la conduite de ce chef de la synagogue, se jetant aux pieds de notre Seigneur et l'adorant malgré sa pauvreté. Selon la pensée aussi juste que sage de saint Bernard, l'humiliation est le chemin du ciel. De même en effet que l'étude conduit à la sagesse, ainsi l'humiliation conduit à l'humilité. D'où il suit que quiconque aspire à l'humilité, ne doit point chercher à éviter la voie de l'humiliation. Tels ne sont point, au témoignage du Prophète royal, les sentiments de ceux qui vivent dans la richesse et l'abondance : « Ils ne partagent point, dit -il, les travaux des hommes, et ils ne sont point exposés aux mêmes tourments que les autres ; aussi l'orgueil les domine, et ils se couvrent et se parent de leurs crimes et de leurs impiétés. » In labore hominum non sunt, et cum hominibus non flagellabuntur : ideo tenuit eos superbia, operti sunt iniquitate et impietate sua, Ps. LXXII, 5-6. De là cette prudente recommandation de l'Apôtre qui ordonne aux riches de ce monde de ne point s'enorgueillir. Il savait bien que la prospérité pousse ordinairement les hommes à l'insolence, tandis que l'adversité les porte à l'humilité et leur fait dire avec David : « Il est bon, Seigneur que vous m'ayez humilié. » Bonum mihi quia humiliasti me, Ps. CXVIII, 71. L'affliction n'a pas seulement pour effet d'humilier l'homme. Elle fait plus : elle élève son cœur vers Dieu, et l'excite à implorer son assistance ; car c'est surtout lorsque les secours humains viennent à manquer, que l'on sent le besoin de recourir à Dieu. Le Prophète le comprenait bien, lui qui disait à Dieu : « Couvrez leur face d'ignominie, et ils chercheront votre nom. » Ps. LXXXII, 15.

Le Seigneur au contraire dit aux riches du siècle : « Vous avez trouvé de quoi vivre par le travail de vos mains; c'est pourquoi vous ne vous êtes point mis en peine de me prier, » Isai. LVII, 10. Mais « dans la tribulation, dit-il par la bouche d'Osée, ils se hâteront d'avoir recours à moi ; venez, se diront-ils ; retournons au Seigneur, parce que c'est lui-même qui nous a faits captifs, et qui nous délivrera ; c'est lui qui nous a blessés et qui nous guérira, » Osee. VI, 1. Nous avons un exemple frappant de cette vérité dans la personne de ce chef de la synagogue, qui, sans la maladie de sa fille, n'eût peut-être jamais pensé à implorer le secours du Sauveur.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : dim. 13 nov. 2022 21:55
par Laetitia
Un autre fruit des souffrances, c'est la rémission des péchés. L'affliction de la chair, en effet, détruit le mal qu'une complaisance coupable pour la chair a produit. De là cette réflexion de saint Grégoire : Les plaisirs de la chair nous entraînent au péché; ses souffrances nous ramènent au pardon. Nous trouvons la même pensée exprimée plus clairement dans ces paroles de l'Ecclésiastique : « Le Seigneur est bon et miséricordieux ; il pardonne les péchés au jour de la tribulation, et il est le protecteur de tous ceux qui le cherchent dans la vérité, » Eccli. II, 13. Nous en avons encore un témoignage dans la prière de la vertueuse épouse du jeune Tobie : « Que votre nom, dit-elle, soit béni, ô Dieu de nos pères, vous qui, étant irrité contre nous, nous faites cependant miséricorde, et qui, dans la tribulation, remettez les péchés à ceux qui vous invoquent, » Tob. III, 13. Nous lisons dans les Vies des Pères du désert, qu'un des sept frères envoyés pour visiter les moines de l’Egypte, tomba malade, et demanda à saint Jean l’Egyptien de le guérir de la fièvre qui le dévorait. Celui-ci lui répondit : Vous désirez, mon fils, que je vous délivre d'une chose qui vous est nécessaire ; car, comme le nitre nettoie les corps de leurs souillures, ainsi les maladies purifient l'âme.

L'affliction ne borne pas ses effets à effacer les fautes dont on s'est rendu coupable ; elle augmente nos mérites, et devient une source féconde de grâces. L'Apôtre nous l'assure, lorsqu'il dit : « Dieu est fidèle ; il ne souffrira point que vous soyez tenté au delà de vos forces ; mais il mesurera l'abondance de sa grâce à la tentation, afin que vous puissiez la soutenir, » I Cor. x, 13. « C'est pourquoi, dit-il ailleurs, je me complais dans mes infirmités, dans les outrages, les nécessités, les persécutions, dans les afflictions pressantes que je souffre pour Jésus-Christ; car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis plus fort, » II Cor. XII, 10. L'Apôtre veut dire qu'il reçoit alors de nouveaux secours et de nouvelles consolations de la grâce divine, pour supporter l'épreuve. « A mesure, dit-il encore, que les souffrances de Jésus-Christ s'augmentent en nous, nos consolations aussi s'augmentent par Jésus-Christ, » II Cor. 1, 5.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : dim. 13 nov. 2022 21:56
par Laetitia
Un autre avantage beaucoup plus considérable, et qui doit par conséquent faire le principal objet de nos désirs, est attaché à l'affliction supportée avec patience. Cet avantage consiste en ce que l'affliction devient alors la marque d'une vertu éprouvée et le caractère de la prédestination. Voilà pourquoi l'Apôtre dit qu'il se glorifie d'abord en Dieu, puis en Jésus -Christ, et enfin dans les tribulations. Se glorifier en Dieu qui se montre propice et favorable, c'est justice. Se glorifier en Jésus-Christ son fils par qui nous avons accès auprès du Père céleste auteur de tous les biens, rien de plus équitable. Mais se glorifier dans les tribulations pour lesquelles les hommes ont une aversion si profonde, voilà qui est nouveau et bien étrange. Pourquoi dites -vous donc, ô Paul, que vous vous glorifiez dans ce qui est pour tous un objet d'horreur ? Entendez sa réponse,mes frères. « Parce que, vous dit-il, la tribulation produit la patience, la patience l'épreuve, et l'épreuve l’espérance. Or, cette espérance n'est point trompeuse. » Tribulatio patientiam operatur, patientia probationem, probatio vero spem : spes autem non confundit, Rom. v, 3, 5. Puisque la patience produit l'épreuve, elle est donc évidemment la marque d'une vertu éprouvée. Mais puisque l'épreuve est suivie de l'espérance qui ne confond pas, elle est donc un signe manifeste de prédestination.

L'Ecclésiastique exprime à peu près le même sentiment, lorsqu'il dit : « Acceptez de bon cœur tout ce qui vous arrivera, et souffrez sans murmure ; au temps de l'humiliation, conservez la patience, car l'or et l'argent s'épurent par le feu, mais les hommes recevables s'éprouvent dans le creuset de l'humiliation. » Eccli. II, 4. Les hommes recevables sont ceux qui sont agréables à Dieu, ou qui, prédestinés de Dieu à la vie éternelle, doivent être reçus dans la céleste patrie. S'il en est ainsi, qui donc ne supporterait volontiers des maux qu'il sait devoir être pour lui la cause de tant de biens ? Lorsqu'il y va de la santé du corps, non-seulement on supporte avec patience, mais on désire, on appelle le fer, le feu et les médicaments les plus amers ; quoi d'étonnant, si, lorsqu'il s'agit de la santé de l'âme mille fois plus précieuse, on souffre aussi patiemment de moindres maux ?

Telles sont les réflexions que la conduite de ce chef de synagogue nous a suggérées touchant les fruits que doivent produire les afflictions dont nous sommes tous menacés. Puisque tout ce qui est écrit est écrit pour notre instruction, afin que nous conservions une espérance ferme par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent, nous devions donc d'abord offrir aux hommes éprouvés par quelque infortune ces raisons si propres à les engager à supporter avec constance les afflictions de la vie présente.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : lun. 14 nov. 2022 11:57
par Laetitia

I.

Notre Seigneur pouvait bien, sans se déplacer, rendre la santé aux malades et la vie aux morts. Cependant, pour condescendre aux désirs de ce chef qui l'implorait, et en même temps pour affermir la foi encore faible de cet homme, il part avec lui, accompagné d'une grande multitude de peuple qui se trouvait là rassemblée. Il est permis de demander ici pourquoi le Sauveur, accédant à la demande du chef de synagogue, consentit à l'accompagner et à se rendre corporellement avec lui auprès de sa famille, tandis que, non -seulement il avait refusé cette faveur à l'officier qui la sollicitait avec instance pour son fils malade à Capharnaüm, mais avait adressé à ce père de graves reproches en lui disant : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point.»

Je me souviens d'avoir posé la même question dans l'évangile où ce dernier fait est rapporté, et d'avoir répondu que la raison de cette différence, dans des circonstances si semblables d'ailleurs, devait être attribuée bien moins aux personnes elles-mêmes qu'aux secrets desseins de Dieu et à la liberté de ses actes. Aujourd'hui, je remarque dans la manière d'agir de ces deux hommes une raison nouvelle de la différence de conduite de notre Seigneur.
L'officier se contenta de demander en paroles que Jésus vînt avec lui; mais ce chef ajouta aux paroles ce profond témoignage d’humilité intérieure et extérieure que vous avez pu tout à l'heure admirer. Or, le Prophète dit de la prière que soutient l'humilité : « Le Seigneur a pris en considération la prière des humbles et il ne l'a point méprisée. » Respexit in orationem humilium, et non sprevit preces eorum, Ps. ci, 18. Je ne m'étonne plus maintenant que le Sauveur se soit entièrement prêté aux désirs du chef de synagogue, qu'il l'ait suivi, et que, dans le chemin, il ait affermi sa foi chancelante, tandis qu'il refusa à l'officier de l'accompagner et qu'il lui adressa des paroles sévères.

Pendant que notre Seigneur se rendait à la maison du chef de synagogue, pour ressusciter sa fille, une femme affligée depuis douze ans d'un flux de sang, laquelle avait inutilement dépensé tout son bien pour obtenir quelque soulagement des médecins, reçut miraculeusement sa guérison. Cette femme, excitée par le bruit des prodiges de Jésus, en même temps qu'elle était éclairée par l'esprit de Dieu, avait conçu une confiance si grande dans la vertu et la puissance du Sauveur, qu'elle se disait avec l'assurance la plus parfaite : « Si j'ai seulement le bonheur de toucher son vêtement, je serai guérie.» La guérison de cette femme, mes frères, peut fournir matière à de nombreuses considérations. Comme les maladies corporelles que Jésus a fait disparaître, sont autant d'images des maladies spirituelles, il faut d'abord chercher quelle maladie de l'âme est figurée par cette perte de sang. Je pense que ce désordre physique dont l'art et les médicaments sont impuissants à arrêter le cours, désigne les hommes dont les habitudes vicieuses sont tellement enracinées que, les ayant fait passer en quelque sorte dans leur nature, ils subissent le flux et l'entraînement de leurs désirs et de leurs convoitises qu'à peine ils peuvent réprimer. Quelques-uns même en sont arrivés à ce degré de perversité, qu'ils prétendent ne pouvoir plus commander à leurs passions ni les soumettre au joug de la raison. Voici, en effet, la différence qui existe entre les hommes vertueux et les hommes vicieux. Les premiers ne perdent jamais de vue ce précepte de l’Ecclésiastique : « Ne vous laissez pas aller à vos mauvais désirs, et détournez- vous de votre propre volonté, » Eccli. XVIII, 30, car, dit encore le même auteur, « l'homme bon appuie le couteau sur sa gorge ( c'est-à -dire sur ses convoitises), pour rester maître de son âme, » Prov. XXIII, 1. Les autres, au contraire, oublient cette recommandation, et, comme leur raison est engourdie dans un funeste sommeil, ils sont emportés avec tant de violence par la fougue de leurs passions, qu'ils peuvent à peine y résister. « Ils se sont abandonnés à toutes les inclinations de leur cœur, » Ps. LXXII, 7, et ils ont tellement dégénéré de la dignité à laquelle Dieu a élevé la créature raisonnable, que, devenus semblables à la brute, ce n'est plus leur raison, mais leurs aveugles instincts qu'ils prennent constamment pour guides.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : lun. 14 nov. 2022 11:59
par Laetitia
Je vais vous expliquer brièvement la cause d'une conduite aussi déplorable. Il faut savoir d'abord que les bonnes œuvres faites dans la charité éclairent l'intelligence de l'homme de lumières qui s'augmentent de plus en plus, et en même temps donnent de jour en jour à son libre arbitre et à sa volonté plus de facilité pour la pratique de la vertu. Ceci établi, il s'ensuit que les mauvaises actions des méchants obscurcissent leur intelligence, affaiblissent leur liberté et leur volonté pour le bien ; d'où il arrive que plus un homme vicieux se livre à l'habitude de ses désordres, plus son esprit se remplit de ténèbres à l'égard des choses divines, plus sa volonté devient lente pour pratiquer les œuvres de la justice. Je dois reconnaître cependant que l'habitude du péché ne saurait détruire l'intelligence et la liberté en tant que facultés de l'âme, au point d'éteindre toute lumière de la raison et d'anéantir absolument le libre arbitre. Mais, hélas! cette habitude ne peut-elle pas conduire si loin ceux qui s'y livrent, qu'ils finissent par croire qu'ils sont en quelque sorte forcés de commettre le mal ? Ainsi on voit souvent des hommes tellement dominés, exaspérés par la haine et le désir de la vengeance, que ni les raisons, ni les moyens de persuasion, ni la crainte de Dieu, ni ses menaces, ni ses châtiments ne sont capables de les y faire renoncer.

D'autres sont en proie à une passion impudique si violente, qu'ils ne craignent pas de dire hautement qu'ils ne sauraient repousser ses honteuses suggestions. Proposez leur comme remèdes à cette mortelle blessure, de mortifier leur corps par les jeûnes, d'implorer le secours de Dieu, de corriger avec le fouet et la discipline les révoltes d'une chair lascive, ils vous répondront qu'ils ne tirent aucun avantage de ces remèdes ; qu'au contraire, par un artifice du démon, ils sentent s'augmenter la violence de l'incendie, alors qu'ils font réflexion que c'est pour effacer le souvenir d'un objet charnel toujours aimé, qu'ils s'infligent tous ces châtiments.

D'autres encore, par des moyens frauduleux et des procès injustes, dérobent le bien des veuves, des orphelins, de leurs parents. Vous avez beau faire briller à leurs yeux les flammes éternelles de l'enfer, ils ne peuvent se résoudre à satisfaire à ce qu'exige la justice ; ils vivent et meurent dans un état certain de damnation, sans même que le remords de la conscience fasse sentir son aiguillon à ces âmes endurcies dans le crime, lorsqu'elles s'approchent du sacrement redoutable du corps et du sang de Jésus-Christ.

Parlerai-je de ceux qui, livrés à la colère, vomissent dans leur emportement toutes sortes d'imprécations; et de ces femmes qui, dans leur fureur, accablent continuellement de malédictions leurs fils et leurs filles qu'elles vouent aux démons ; et de ceux qui sont tellement habitués à jurer, qu'ils profèrent autant de jurements qu'ils prononcent de mots ? Il en est d'autres qui perdent leur âme par leurs yeux ; « ils marchent selon les voies de leur cœur et selon les regards de leurs yeux, » Eccli. xi, 9, convoitant dans leurs affections déréglées tout ce qui charme leur vue.

Tous ceux-là donc que leurs aveugles penchants entraînent et précipitent dans de tels dérèglements, sans qu'aucun des remèdes de la science spirituelle les guérisse de leurs mauvaises habitudes, ne sont-ils pas atteints d'une maladie que l'on peut appeler le débordement des passions ? Le Seigneur les compare à une femme débauchée à laquelle il adresse, par son prophète Jérémie, ces reproches humiliants : « Levez les yeux en haut, et voyez où vous ne vous êtes point prostituée, » Jerem. III, 2, c'est-à-dire, quel est le genre de crimes dont vous ne vous soyez point souillée.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : mar. 15 nov. 2022 14:52
par Laetitia

II.

Maintenant que nous avons exposé la violence et la raison de la maladie, nous devons en chercher le remède. Mais ce remède, il n'est pas plus donné à la puissance et à l'art des hommes de le fournir, qu'il n'a été possible aux ressources de la science médicale de guérir la maladie de cette femme de notre évangile. Car elle n'est que trop vraie, cette terrible parole de saint Bernard : Lorsqu'un vice est changé en habitude, on n'y résiste pas sans un miracle de la grâce divine.

Toutefois cette femme qui nous a fait connaître le danger de la maladie, peut aussi nous en indiquer le remède. Quel est-il ? « Si je touche son vêtement, dit-elle, je serai guérie. » Les remèdes que l'on peut appliquer à la maladie dont nous parlons sont nombreux autant qu'ils sont variés ; mais il n'en est pas de plus souverain que de toucher le vêtement de Jésus-Christ. Encore faut-il le faire avec les sentiments de foi, de dévotion, de respect, de confiance et de piété dont cette femme était animée. Mais quel est le vêtement de Jésus-Christ ? Après que la transsubstantiation s'est opérée dans le sacrifice de l'autel, le corps de notre Seigneur est véritablement dans la sainte hostie, mais il y est caché, et les apparences et les espèces du pain le couvrent et le voilent de telle sorte que nous pouvons dire avec le Prophète : « Vous êtes vraiment le Dieu caché, le Dieu d'Israël, le Sauveur. » Vere tu es Deus absconditus, Deus Israël, Salvator, Isai. xlv, 15. Or, entre autres effets admirables qu'opère ce sacrement, il a surtout la vertu de modérer le foyer de la concupiscence et d'éteindre l'ardeur de toutes les passions funestes qui découlent de cette source comme un flux de sang. Saint Bernard le comprenait ainsi, lui qui disait à ses frères : Si quelqu'un de vous se sent moins inquiété et moins tourmenté par les mouvements désordonnés de la colère, ou de la volupté, ou de la vaine gloire, qu'il en rende grâces au corps et au sang de notre Seigneur, parce que ces effets sont opérés en lui par la vertu du sacrement qui réprime et contient le débordement de nos passions. Tel est donc le remède que cette pieuse femme nous enseigne d'une manière mystique, en touchant le vêtement du Sauveur.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Foi et la Confiance en Dieu - XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : mar. 15 nov. 2022 15:05
par Laetitia
Saint Luc rapporte qu'au contact de cette femme, notre Seigneur dit : « Qui est-ce qui m'a touché ? Maître, lui répondit Pierre, la foule vous presse de toutes parts et vous demandez qui vous a touché ? Mais Jésus dit : quelqu'un m'a touché, car j'ai reconnu qu'une vertu est sortie de moi. » Notre Seigneur nous enseigne clairement par ces paroles, qu'il n'est touché en aucune manière par ceux qui ne s'approchent de lui que corporellement, ainsi que faisait la foule dont il était environné; mais que ceux -là seulement le touchent réellement et d'une manière salutaire, qui s'approchent de lui par l'esprit et la piété, quand bien même ils ne toucheraient que la frange de son vêtement.

Réveillez-vous donc, vous qui, chaque année, vous approchez du corps de notre Seigneur, pour satisfaire à l'obligation que l'Eglise vous prescrit. N'est-il pas bien à craindre que parmi vous il ne s'en trouve un bon nombre qui, à la vérité, pressent de leurs lèvres ce corps sacré, mais ne le touchent pas ? Le toucher, c'est participer à sa vertu ; c'est imiter la piété, le respect et la foi de cette femme de l'évangile. Si vous n'avez pas ces dispositions, vous ressemblez à la foule qui pressait notre Seigneur, et ne le touchait pas ; vous recevez à la vérité le sacrement,mais vous ne participez point à sa vertu.

S'il en est ainsi, direz-vous peut-être, si parmi les fidèles qui satisfont au devoir de la communion pascale, les uns ne font que presser le corps du Sauveur, tandis que les autres le touchent en effet, comment puis-je savoir à laquelle de ces deux classes j'appartiens ? L'exemple de cette femme vous le fera connaître. Il est dit qu'aussitôt qu'elle eut touché le vêtement de Jésus, elle sentit que l'infirmité dont elle était incommodée depuis longtemps, avait complètement cessé. Voyez donc, mon frère, si après que vous avez touché le corps de notre Seigneur, le cours ordinaire de vos passions et de vos convoitises s'est arrêté ; voyez si vous êtes encore sujet aux entraînements désordonnés de la colère, de la luxure, de l'avarice, de la médisance et de la haine. Voyez si vous accordez à vos sens la même liberté qu'auparavant ; si votre langue est toujours intempérante, ne connaissant aucune réserve ni aucune retenue ; si vos oreilles s'ouvrent encore aussi avidement à tous les propos médisants et déshonnêtes, si vos yeux s'arrêtent encore aussi librement et avec la même complaisance sur des objets nuisibles et dangereux, si votre cœur s'ouvre encore à toutes les pensées impures qui se présentent; voyez en un mot si vous êtes encore absolument le même homme qu'auparavant, si vous avez guéri quelqu'une des maladies de votre âme, affaibli quelqu'une des passions qui vous entraînent au péché. Car, si aucun changement ne s'est produit en vous, n'est-il pas incontestable que vous avez pressé de vos lèvres le corps du Sauveur, mais que vous ne l'avez pas touché, et que bien loin d'avoir eu aucune part à sa vertu, vous l'avez reçu pour votre condamnation ?

Nous lisons dans la vie des pieux solitaires qu’un vieillard d'une grande sainteté, se trouvant un jour auprès de la sainte table, et considérant ceux qui s'en approchaient, remarqua que parmi ceux-ci les uns recevaient véritablement le corps de notre Seigneur, tandis que l'hostie se changeait en charbons pour les autres. Plaise à Dieu, mes frères, qu’un bon nombre de ceux que les solennités de Pâques conduisent à la table sainte, ne reçoivent pas, au lieu du corps de notre Seigneur, des charbons qui s'embrasent un jour pour les dévorer. L'Apôtre nous apprend combien grand est le crime de ceux qui reçoivent indignement la sainte Eucharistie, lorsqu'il dit qu'ils se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur, Les saints docteurs concluent de ces paroles de saint Paul, que ceux qui osent commettre un tel sacrilège renouvellent l'horrible attentat des Juifs. Quoique la manière soit différente, l'outrage est le même à l'égard du corps et du sang de Jésus Christ, puisque si les Juifs ont versé avec inhumanité ce sang précieux, les autres le profanent indignement par une mauvaise communion.
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : mer. 16 nov. 2022 11:13
par Laetitia

III.

L'évangéliste saint Marc ajoute que « notre Seigneur s'étant retourné, et regardant autour de lui pour voir qui l'avait touché, cette femme, qui savait ce qui s'était passé en elle, se jeta craintive et tremblante à ses pieds et lui déclara toute la vérité,» Marc. v, 32. Il semble, à la voir ainsi saisie de crainte, qu'elle croyait avoir à se reprocher d'avoir dérobé furtivement la faveur de sa guérison. O pieuse femme, si confiante dans la vertu et la puissance du Sauveur, pourquoi n'avez-vous pas autant de foi dans sa bonté, sa miséricorde et sa bienveillance ? Est-il moins bon qu'il est puissant, ce Dieu ? Vous croyez qu'il peut vous rendre la santé, croyez que c'est aussi son désir et sa volonté de vous guérir. Ne craignez donc pas ainsi, ne tremblez pas comme si vous l'aviez offensé ; réjouissez-vous bien plutôt d'avoir été pour sa générosité un sujet de bienfaisance. En descendant du ciel sur la terre, en se couvrant du vêtement de notre humanité, que s'est-il proposé, sinon de nous rendre participants de ses biens et de ses richesses ? N'est-ce pas dans ce but qu'il parcourt les villages et les bourgades, faisant du bien partout et guérissant tous ceux qui étaient tourmentés du démon ? N'a -t-il pas véritablement pris sur lui nos infirmités, et ne s'est-il pas chargé du fardeau de nos douleurs ? Pourquoi donc, ô femme, ces craintes et ces larmes ? Il désire votre guérison plus que vous-même, et il se réjouit plus que vous du bienfait dont vous lui êtes redevable. Quel est en effet le motif qui vous a poussé à recourir à lui ? Le désir de recouvrer la santé, c'est-à -dire l'amour de vous-même; pour lui, dans son immense bonté, dans sa charité infinie, dans son ineffable miséricorde, il n'a d'autre désir que de procurer à tous le salut. Ce Dieu, qui vous a rendu la santé du corps, c'est lui qui a répandu dans votre âme la lumière de la foi; il ne vous a pas seulement guérie de l'infirmité corporelle dont vous étiez affligée, mais il vous a délivrée de la maladie bien plus grave de l'infidélité.

Nous devons cependant, mes frères, remarquer ici avec saint Grégoire, que c'est le propre des âmes vertueuses de craindre toujours qu'il ne se trouve quelque faute là où il n'en existe aucune. A la différence des méchants qui commettent le péché sans crainte, « qui quelquefois même se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal et triomphent dans les choses les plus criminelles, » les bons, en accomplissant les actions les plus saintes, craignent toujours ou d'avoir fait l'œuvre avec lâcheté et négligence, ou de ne s'être pas acquittés des devoirs de la piété avec toutes les dispositions qu'il convenait d'y apporter. C'est ainsi que le saint homme Job disait : « Je tremblais à chacune de mes actions, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui a péché. » Et dans un autre endroit : « Lors même que Dieu aurait exaucé ma prière, je ne croirais pas qu'il eût daigné entendre ma voix, Job. IX, 28, 16. L'abbé Guerric fait à ce sujet une réflexion fort juste : Plût à Dieu, dit-il, que nous eussions autant d'humilité dans nos péchés, que les saints en ont montré dans leurs vertus !
(à suivre)

Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le XXIIIe dimanche après la Pentecôte.

Publié : mer. 16 nov. 2022 11:16
par Laetitia
Notre Seigneur, dans sa bonté, daigna rassurer cette femme tremblante à ses pieds, et, lui donnant le doux nom de fille, il lui dit : « Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a sauvée. Vous avez cru qu'il vous suffisait de toucher mon vêtement pour être guérie ; vous l'avez touché, et vous avez été guérie en effet.» Vous pouvez remarquer ici, mes frères, que Dieu proportionne ses dons et ses faveurs à la foi de ceux qui l'implorent. Saint Cyprien dit que notre foi est un vase dont la capacité devient la mesure des grâces que nous recevons. La miséricorde divine en effet est comme une source inépuisable de biens où puisera plus abondamment celui dont le vaisseau contiendra davantage. Cette promesse du Seigneur : « Tout lieu où vous aurez mis le pied sera à vous, » doit donc s'entendre de la foi qui s'élève jusqu'à cette confiance sans limites en la miséricorde divine. Quelques exemples vous feront mieux comprendre ce que j'avance.

Pour cela, j'ai besoin de vous mettre sous les yeux trois personnages dont la foi a été récompensée par le Sauveur : le chef de synagogue dont le Seigneur ressuscite la fille, la pieuse femme de notre évangile, et enfin le centurion. Le premier crut que notre Seigneur rendrait la vie à sa fille en lui imposant les mains. La foi de l'hémorrhoisse alla plus loin, puisque cette femme crut qu'il lui suffisait de toucher les vêtements de Jésus pour être guérie. Celle du centurion, bien qu'il appartînt à la gentilité, est cependant plus parfaite ; puisqu'il crut que notre Seigneur pouvait rendre la santé à son serviteur malade, par un mouvement de sa seule volonté, et sans qu'il fût besoin du contact de sa main ou de ses vêtements. Aussi la foi de cet homme fut-elle admirée du Sauveur lui-même, qui dit à la multitude dont il était suivi : « En vérité, je vous le déclare, je n'ai point trouvé tant de foi dans Israël. » Matth. Viii, 10.

Ces trois exemples peuvent vous aider à comprendre l'admirable puissance de la foi, et vous convaincre que Dieu la récompense à proportion de la confiance qu'elle lui témoigne et de ce qu'elle se promet de sa bonté infinie. Sans doute notre Seigneur pouvait, par un acte de sa seule volonté, opérer les prodiges qu'on lui demandait ; cependant, comme il voulait montrer l'efficacité de la foi, il exauça les prières de ces différentes personnes selon la foi de chacune d'elles. Le chef de la synagogue voulait que Jésus rendît la vie à sa fille en lui imposant les mains; le Sauveur lui imposa les mains. L'hémorrhoïsse croyait qu'il lui suffisait, pour être guérie, de toucher les vêtements de notre Seigneur ; elle les toucha et fut exaucée. Le centurion, lui, ne demanda qu'une parole de Jésus en faveur de son serviteur malade ; le Sauveur prononça cette parole, et à l'instant le malade recouvra la santé.

Que ces exemples nous encouragent donc, mes frères, à implorer le secours de Dieu, dans toutes nos maladies, nos tentations et nos épreuves, en dilatant, en élargissant notre foi, sans mesure. Lui-même nous y invite lorsqu'il nous dit par son Prophète : « Ouvrez et élargissez votre bouche, et je la remplirai, » Dilata os tuum, et implebo illud, Ps. Lxxx, 11. L'étendue de notre foi et de notre espérance est dans la mesure des dons que le Seigneur nous accorde. Ainsi le comprenait le saint roi David adressant à Dieu cette prière : « Que votre miséricorde, Seigneur, se répande sur nous, selon l'espérance que nous avons eue en vous. » Fiat misericordia tua Domine super nos, quemadmodum speravimus in te, Ps. XXXH, 22.
(à suivre)