Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour la fête de la Conception de Marie
Publié : dim. 11 déc. 2022 18:16
(à suivre)PREMIER SERMON POUR LA FÊTE DE LA CONCEPTION DE MARIE.
1°- État misérable de l'homme conçu dans le péché.
2°- Vertus admirables de la Très Sainte Vierge.
De qua natus est Jesus, qui vocatur Christus.
Marie de laquelle est né Jésus, qui est appelé le Christ. Matth. 1. 16.
Entre tous les bienfaits dont la bonté divine a favorisé le genre humain, mes très-chers frères, celui de notre rédemption doit tenir le premier rang. On estime ordinairement un bienfait, ou à cause de l'importance du don, ou parce qu'il a coûté beaucoup à son auteur. Trois hommes, les plus vaillants de l'armée, apportent un peu d'eau de la citerne de Bethléem à David pressé par la soif. Après tout ce n'était que de l'eau ; peut-être même n'était-elle pas meilleure que les autres eaux, mais parce que ses soldats la lui avaient apportée au péril de leur vie, le saint roi la jugea digne d'être offerte à Dieu. Or, nous trouvons dans le bienfait de notre rédemption ce double caractère. On ne peut point imaginer de don plus magnifique en lui-même, ni d'un prix plus élevé. Qu'y a-t-il en effet de plus grand que la vie éternelle qui nous a été donnée par Jésus-Christ ? Il est trois choses tellement sublimes, que la puissance divine elle-même ne peut rien faire de plus grand : ce sont, l'humanité du Christ, la maternité de la sainte Vierge, et la gloire essentielle des bienheureux, laquelle consiste dans la claire vision du souverain bien. Or, peut-on imaginer rien de plus excellent que le prix auquel cette gloire nous a été acquise ? « Ce n'est point, dit saint Pierre, avec des richesses corruptibles, de l'or, de l'argent et des pierreries, mais par le sang précieux de l'Agneau immaculé que nous avons été rachetés, » I Petr. 1, 19. Quoi de plus grand, quoi de plus divin qu'un tel prix ? A ce double titre, le bienfait de notre rédemption ne surpasse-t-il pas tous les bien faits de Dieu ?
Aussi lorsque dans l'Ancien Testament le Seigneur fait annoncer aux hommes par Ezéchiel ce bienfait si grand de la rédemption, il leur dit : « Je vous donnerai des biens plus grands que tous ceux que vous avez reçus jusqu'à ce jour, » Ezech. XXXVI, 11. A la vérité les bienfaits qui accompagnèrent le peuple de Dieu à sa sortie d’Égypte, étaient d'éclatantes faveurs de la bonté divine, et le Seigneur lui-même parlant à Moïse, disait : « Je ferai des prodiges qui n'ont jamais été vus sur la terre, ni dans aucune nation, afin que ce peuple, au milieu duquel vous êtes, voie l'ouvrage prodigieux que fera le Seigneur, » Exod. xxxiv, 10 ; mais les merveilles que le Seigneur a opérées dans l’œuvre sublime de notre rédemption, sont bien autrement grandes et signalées. Car lui-même parlant encore de ce prodige, dit par la bouche d'Isaïe : « Les bienfaits précédents s'effaceront de la mémoire, et le cœur en perdra le souvenir, » Isai. lxv, 17. En effet, autant la vérité l'emporte sur l'ombre, l'âme sur le corps, l'éternité sur le temps, autant et bien plus ce bienfait surpasse tous ceux qui l'ont précédé. De quel amour donc ne devons-nous pas être animés envers Dieu pour une aussi grande faveur ? Par quelles louanges, par quelles actions de grâces ne devons-nous pas la reconnaître et la célébrer ? C'est à ce devoir de la reconnaissance que l’Ecclésiastique nous engage, lorsqu'il nous dit : « N'oubliez pas le bon office que vous a rendu celui qui s'est fait votre caution, car il a donné sa vie pour vous, » Eccli. Xxix, 20.
Mais où veux-je en venir ? Mon dessein, mes frères, est de vous rendre plus manifestes la grandeur et la gloire de ce jour. C'est aujourd'hui que l'œuvre sublime de notre rédemption a été commencée, car c'est en ce jour qu'a été conçue cette Vierge dans le sein de laquelle le Créateur et le Rédempteur du monde devait prendre une chair pour le salut du monde. C'est aujourd'hui qu'ont été jetés les premiers fondements de cette œuvre ; aujourd'hui qu'a été planté cet arbre dont le fruit de vie devait guérir les maladies que le fruit défendu avait causées au genre humain ; aujourd'hui que commence à germer dans le paradis de l’Église ce rejeton de la racine de Jessé, tige de cette fleur incomparable sur laquelle l'Esprit-Saint devait se reposer, et qui devait nous enrichir tous de la plénitude de ses grâces ; aujourd'hui que l'Esprit Saint a commencé à travailler ce tissu qui devait fournir au fils éternel de Dieu le vêtement de sa chair mortelle ; aujourd'hui enfin qu’ont été formés cette chair et ce sang, principe de la chair et du sang que le Fils de Dieu devait prendre et sacrifier pour notre salut. C'est donc avec raison que nous avons dit que le grand ouvrage de notre rédemption avait été commencé en ce jour. Mais pour parler dignement de cette belle solennité, nous avons besoin du secours du ciel. Implorons-le par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.