Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IIème dimanche de Carême
Publié : dim. 05 mars 2023 21:47
(à suivre)Louis de Grenade a écrit :
DEUXIÈME SERMON POUR LE DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME,
où après une courte explication de l’Évangile, on indique ce que Dieu exige des travailleurs fidèles, et quelle récompense les attend dans le Ciel.
Domine bonum est nos hic esse ; si vis, faciamus hic tria tabernacula : tibi unum, Moysi unum, et Eliæ unum.
Seigneur, il fait bon être ici; si vous voulez, faisons trois tentes : pour vous une, une pour Moise, une pour Elie.
Matth. XVII, 4.
Tous les travailleurs, quand ils se louent pour quelque ouvrage ; considèrent surtout deux choses : le travail et la rémunération. Trouvent-ils la rémunération supérieure à la peine, ils se chargent volontiers de l'ouvrage. Ainsi firent ces ouvriers qui, convenus d’un denier par jour avec le père de famille, se mirent gaiement à façonner la vigne, Matth. xx, 2. Or nous tous, mes frères, qui que nous soyons sur cette terre, serviteurs ou libres, plébéiens ou nobles, nous sommes travailleurs. Après avoir reçu le saint baptême, nous nous sommes loués.pour cultiver la vigne, du Seigneur. Nous devons donc considérer avec soin ces deux choses : le travail, et la récompense. Cette connaissance est si nécessaire que toutes les pages de l'Ecriture ne répètent rien plus fréquemment. Ce sont les deux choses que désirait savoir ce jeune homme qui demandait au Seigneur ce qu'il lui fallait faire pour posséder la vie éternelle. — Gardez les commandements de Dieu, répondit le Sauveur, Matth. xix, 16. Ce que cette réponse dit en peu de mots, l’Évangile du jour le redit d'une manière nouvelle et merveilleuse. Nous examinerons donc ces deux choses dans le présent entretien ;mais comme ce qui est exigé de nous est peu de chose, tandis que la récompense est considérable, nous parlerons du travail en peu de mots, et de la rémunération avec plus de développement. Pour le faire pieusement, implorons avec humilité le secours du ciel, par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave Maria...
Pour que nous tenions la promesse que nous avons faite en premier lieu, quiconque désire connaître l'institution, la loi de la profession chrétienne, la trouve renfermée en quelques mots du divin Maître, qui se lisent un peu avant le commencement de l'évangile du jour : « Si quelqu'un veut venir à moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il se charge de sa croix, et me suive. » Matth. XVI, 24. Paroles qui développent ce qu'il avait dit ailleurs, que la voie qui mène à la vie est étroite, et que quiconque y veut arriver, doit entrer par la porte étroite. Matth. VII, 14. N'y a-t-il pas là des aspérités, des difficultés ? Renoncer à soi-même, porter sa croix, et suivre Jésus-Christ, qui marcha par la voie de l'humilité, pauvreté, de la souffrance, ce n'est pas sans travail, et sans difficulté. Et qu'on ne s’imagine point que ces paroles ne s'adressent qu'à ceux qui cherchent la perfection, et non à tout le monde. L'évangéliste saint Luc est explicite à cet égard, car il fait précéder ces mots de ceux-ci : « Il disait à tous : Si quelqu'un veut venir après moi, etc. » Luc. ix, 23. L'évangéliste saint Marc va plus loin, et c'est à remarquer. Car, comme le Seigneur s'entretenait en particulier avec Pierre et les autres disciples, dès qu'il voulut donner ce précepte, il appela une foule de peuple qui se tenait à peu de distance, et à tous il adressa cet enseignement : « Si quelqu'un veut venir après moi, etc. » Marc. viii, 34. Comme s'il leur avait dit : Je ne force personne, je ne fais violence à personne ; mais à ceux qui ont à cœur le salut de leurs âmes, qui brûlent du désir de la vie éternelle, qui veulent avoir part à ma gloire, qui désirent me suivre, et arriver là où je dois arriver, à ceux-là je leur montre un chemin, je leur propose une loi, c'est de renoncer à eux-mêmes, de porter chaque jour leur croix, de marcher sur mes traces. Et pour que vous saisissiez mieux la pensée du Seigneur, remarquez en quelle circonstance il l'exprima. Il entretenait ses disciples de l'ignominie de sa passion et de sa croix, lorsque Pierre, mû par des sentiments purement humains, chercha à détourner ces tristes considérations. Mais le Seigneur le réprimanda vivement de ce qu'il goûtait non les choses de Dieu, mais les choses des hommes, c'est-à-dire, de ce que, jugeant humainement, il prétendait que toutes les peines, toutes les ignominies, sont à mettre au rang des maux, et qu'il faut s'en garantir à tout prix. A cette erreur commune de Pierre, et de presque tous les hommes qui cherchent une vie voluptueuse et tranquille, qui ont en horreur la peine et le travail, le divin Maître oppose cette maxime sublime, que la souffrance est la voie qui mène aux joies éternelles ; que c'est par la patience que nous arrivons à la vie, par le travail au repos, par le combat à la couronne, par l'ignominie de l'humilité à la gloire céleste. C'est ce que signifient ces mots : « Si quelqu'un veut venir à moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et me suive. » Mais analysons, décomposons les différentes parties de cette pensée.