(à suivre)PREMIER SERMON POUR LE IVe DIMANCHE APRÈS PÂQUES.
Explication de l'Évangile, et principalement des paroles du texte.
Cum autem venerit ille, arguetmundum de peccato, de justitia, et de judicio.
Lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde touchant le péché, touchant la justice, et touchant le jugement. Joan. XVI,8.
Très-chers frères, il est deux objets que dans toutes ses œuvres le Seigneur a surtout en vue : c'est, d'une part, la gloire de son nom, et, de l'autre, notre avantage et notre salut ; car il ne souffre jamais qu'un de ces objets soit séparé de l'autre. Que si les hommes se conduisent de manière à repousser le salut qui leur est offert; cependant la gloire de son nom reste toujours entière et inviolable, puisque ce n'est pas sa faute si les hommes, pouvant se sauver, ne l'ont pas voulu. Des exemples rendront cette vérité plus sensible.
Au temps du déluge, le monde avait mérite d'être anéanti dans ce cataclysme; mais avant d'envoyer ce châtiment appelé par les crimes du monde, le Seigneur réserva huit personnes, y compris Noé, « prédicateur de la justice, » II Petr. II, 5, qui devait, par la construction de l'arche, annoncer au genre humain la colère de Dieu près d'éclater ; un espace de cent vingt ans fut accordé aux hommes pour faire pénitence et pour s'efforcer de revenir à de meilleurs sentiments. Ce délai ayant été infructueux, tous subirent la peine due à leurs forfaits. Toutefois la gloire de Dieu, c'est-à-dire, sa justice et sa miséricorde éclatèrent dans cette œuvre : sa justice, en ce qu'il punit les coupables ; et sa miséricorde, en ce qu'il les avertit du péril en temps opportun.
Pareillement, lorsque Jérusalem était sur le point d'être dévastée par le fer et par le feu, il choisit pour organe le prophète Jérémie, sanctifié dès le sein de sa mère. Celui-ci, par ses prédictions, par divers symboles, annonça les maux qui allaient fondre, et la colère divine, car le Seigneur voulait épargner la ville et le temple. Avertissement et menaces stériles : les Juifs fermèrent les yeux, sans s'inquiéter de leur salut. Enfin les Chaldéens vinrent semer la désolation, et la cité adultère expia la peine méritée par sa rébellion et son infidélité. Elle périt donc par sa faute, mais la gloire du Seigneur resta pure et sans atteinte ; il avait supporté ses crimes assez longtemps, il avait appelé au salut de toutes manières avec une tendresse paternelle ce peuple coupable.
C'est ainsi que, prenant en pitié l'aveuglement et la dépravation du monde, il envoya ses disciples prêcher en tous lieux la pénitence et le royaume des cieux ; il les envoya comme des brebis au milieu des loups. Cependant, il leur ordonna, quand on refuserait de les écouter ou de les recevoir, de secouer contre les rebelles la poussière de leurs pieds en signe de l'offre et du rejet du salut. Une telle pratique, en effet, attestait d'une manière sensible que les envoyés de Dieu leur avaient donné en temps opportun des avertissements sur leur salut et sur leur conduite, et les avaient menacés de la sévérité divine et du jugement à venir ; et par conséquent s'ils rejetaient le salut qui leur était offert, ils devaient imputer non à Dieu, mais à eux-mêmes, la punition de leur forfait.
Voilà donc le but que le Seigneur, dans toutes ses œuvres, poursuit principalement, voilà ce qu'il fait dans le présent évangile, et surtout dans les paroles de notre texte, quand il dit : « Le Saint-Esprit convaincra le monde de péché, de justice et de jugement, » en d'autres termes, du péché commis, de la justice méprisée et du jugement déjà prononcé, c'est-à -dire du jugement par lequel l'empire du prince de ce monde a été détruit. Le Saint-Esprit, par la bouche de tous les saints, convaincra donc de ces faits le monde, et montrera facilement que la divine providence n'a rien négligé de ce qui pouvait assurer le salut des hommes, et que, par conséquent, la cause de la perdition des impies, ce sont eux mêmes et non Dieu.
Mais comme il est très-difficile d'expliquer ces trois points, comme il est cependant très-nécessaire de les comprendre, implorons, suivant notre usage, l'assistance de la bienheureuse Vierge. Ave, Maria.
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)La veille du jour que notre Sauveur avait fixé pour boire le calice de sa passion, c'est-à -dire, le jour où il devait être livré aux mains des impies par un disciple apostat, il accomplit avec ses disciples plusieurs actes essentiels à notre salut. En effet, il mange avec eux l'Agneau pascal conformément au rit de la loi; il institue le sacrement de son corps et de son sang très-précieux ; il lave les pieds de ses disciples, exemple mémorable de la plus profonde humilité; il les console,par un touchant discours, du chagrin qu'ils allaient ressentir de son départ; il les prépare aux combats à venir. Le présent évangile est une partie de ce discours ; le Seigneur y parle ouvertement et de la préparation à recevoir le Saint-Esprit, et des effets que cet Esprit allait produire dans le monde par les apôtres.
« Je vais à Celui qui m'a envoyé, et nul de vous ne me demande où je vais. » Par cette forme de langage le Seigneur entendait sa mort, et il s'exprimait ainsi pour en adoucir le nom lugubre, et ne point déchirer, en le prononçant, les cœurs de disciples chéris. Cependant, quoiqu'il eût dissimulé l'horreur de sa mort, ses disciples, qui l'aimaient tendrement et qui avaient en lui toutes leurs espérances et tous leurs biens, furent profondément chagrinés. Le Seigneur le fait entendre lorsqu'il ajoute : « Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse vous a saisi le cœur. Cependant je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m'en aille ; car si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous. Mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai. » Assurément, une grande consolation dans votre douleur, c'est que ce qui vous afflige, importe beaucoup à votre bonheur et à votre progrès spirituel ; mon départ doit donc vous apporter moins de tristesse que de joie. Car je pars afin de me présenter devant Dieu pour vous, et afin de vous envoyer le Paraclet, c'est-à -dire, un consolateur, un conseiller, un maître, un interprète de mes paroles, qui vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Pourquoi donc vous attrister d'un départ qui sera pour vous la cause de si grands biens ?
« Quand il sera venu, il convaincra le monde touchant le péché, touchant la justice et touchant le jugement. » Que signifie cela ? Comme dans ce passage, et dans plusieurs autres, Jésus donne au Saint-Esprit le nom de Paraclet ou Consolateur, on aurait pu s'imaginer que la seule fonction du Saint-Esprit est de consoler. Aussi, pour prévenir cette méprise, il ajoute que cet Esprit, dont le pouvoir et la science n'ont point de bornes, a pour fonction non-seulement de consoler, mais aussi de convaincre et de réprimander ; de consoler les justes, de convaincre les méchants. Et ceux-ci étant ou fidèles, ou infidèles, il doit convaincre les uns et les autres : les infidèles, du péché d'infidélité ; les fidèles, touchant la justice et le jugement. Expliquons cela.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
Voyons d'abord comment il convaincra les infidèles du crime d'infidélité. Car quoiqu'il blâme tous les péchés des infidèles, il reprend surtout, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs, le péché d'infidélité, source de tous les autres, alors que par les plus éclatants miracles et par ses dons extraordinaires il confirme la foi catholique, et montre que les incrédules sont sans excuse. Car, dit l'Apôtre, la foi catholique « a été confirmée parmi nous par ceux qui ont entendu le Sauveur, Dieu appuyant leur témoignage par les miracles, par les prodiges, par les différents effets de sa puissance et par les grâces du Saint-Esprit, qu'il a partagé comme il lui a plu. » Ab iis qui audierunt, in nos confirmata est ; contestante Deo signis, et portentis, et virtutibus, et variis Spiritus sancti distributionibus, secundum suam voluntatem. Hebr. II, 3 et 4.
Le Saint-Esprit fit donc briller la foi d'une vive lumière quand il se répandit dans les cœurs des apôtres avec une si grande affluence de dons extraordinaires et de vertus, que des hommes grossiers et sans instruction se trouvèrent tout d'un coup remplis de science et d'éloquence, parlant toutes les langues, et inébranlables dans la foi. Ornés de ces dons magnifiques, ils parcourent le monde et accomplissent des œuvres merveilleuses, au dessus de la portée de toute puissance humaine. Ils exterminent les fausses religions du polythéisme, en renversent les autels et les temples, et détruisent la superstition, presque aussi vieille que le monde. A leur voix, des hommes, jusque-là esclaves des vices et de toutes les voluptés, se tournent vers la piété et la justice, renoncent aux honneurs du siècle, aux richesses, aux voluptés corporelles, et s'adonnent tout entiers à la poursuite et à la contemplation des choses célestes, prêts à affronter mille morts, avec constance et avec allégresse, en témoignage de la foi qui les anime.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)En outre, par l'influence du Saint-Esprit, le monde entier fut rempli de chœurs de vierges, de martyrs et de confesseurs, et les déserts mêmes se peuplèrent de communautés qui chantaient les louanges de Dieu et menaient sur la terre une vie céleste. Enfin « dans les tanières, qui servaient auparavant de retraite aux animaux sauvages, on vit naître la verdure du jonc et des roseaux, » Isa. XXXV, 7 ; c'est-à-dire, le paganisme qui, comme un désert, était dépourvu de toute culture des vertus, se mit à germer et à fleurir comme le lis.
Ainsi, quelques pêcheurs ignorants ont rassemblé, autour du Dieu d’Abraham, les princes des peuples, et ont tiré, des pierres les plus dures, de nouveaux enfants d’Abraham, Matth. III, 9 ; « la pierre s'est changée en courants d'eaux et la roche en fontaines, » Ps. CXIII, 8 ; c'est-à -dire, des cœurs, plus durs que la pierre, sont devenus, par leur piété et leur pénitence, des sources de larmes ; enfin la face entière du monde a été renouvelée par l'éclat de la religion nouvelle, et le Dieu d'Israël, connu seulement dans un coin de la Judée, a été appelé le Dieu de toute la terre.
L'effusion du Saint-Esprit ayant amené tous ces faits, qui confirment merveilleusement la vérité de la foi en Jésus-Christ, quelle excuse, je vous le demande, pouvait rester encore à l'incrédulité ? Quel aveuglement, quel endurcissement des hommes n'eût pas dû céder à des preuves si irrécusables de l'intervention divine ? C'est donc à bon droit qu'après tant de merveilles accomplies par l’Esprit-Saint, les incroyants sont déclarés coupables, puisqu'ils n'ont aucun prétexte valable à opposer, aucune excuse à apporter.
Voilà comment le Saint-Esprit convaincra le monde, c'est-à-dire, les infidèles, du péché d'incrédulité ; le Sauveur le dit clairement quand il ajoute : « Parce qu'ils n'ont pas cru en moi. »
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
II.
Maintenant voyons comment il convaincra, sur le jugement et sur la justice, les mauvais fidèles. Pour l'expliquer, faisons d'abord une remarque. Entre les immenses bienfaits que la venue de notre Sauveur allait apporter au monde, on compte surtout celui-ci : c'est que la voie du ciel, qui précédemment était âpre et difficile, allait devenir, grâce à ses mérites, facile et unie. Isaïe le promet : « Les chemins tortus seront redressés, ceux qui étaient raboteux seront aplanis. » Erunt prava in directa, et aspera in vias planas. Isa. XI, 4.
Deux choses notamment rendaient difficile la voie des commandements de Dieu : l’une, c'était le poids de la loi divine, poids très-lourd à porter, comme nous le montrerons en son lieu ; l'autre, la puissance et la férocité de notre ennemi, qui par des efforts désespérés nous détournait de l'observation de cette loi.
Ainsi, la loi de Moïse, déjà pénible en elle-même, et qui effarouchait les hommes par son poids, devenait bien plus lourde encore par les ruses et la puissance du démon, qui travaillait à nous en éloigner. Aussi il y en avait bien peu alors qui pratiquassent sincèrement la justice et la piété. Or ces deux grands obstacles furent parfaitement levés par notre Sauveur qui, selon la parole d'un prophète, « exerça le jugement et la justice sur la terre, » Jerem. XXIII, 5 ; le jugement, car il terrassa notre ennemi ; la justice, car il allégea le pesant fardeau de la loi.
Disons d'abord quelques mots du jugement; puis nous parlerons de la justice, qui demande de plus longues explications.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)Le Saint-Esprit convaincra donc le monde sur le jugement, « parce que, dit le Sauveur, le prince de ce monde est déjà jugé.» Vous savez que par le prince de ce monde on entend le démon. Or, il est prince, non par droit, mais par usurpation, c'est-à-dire, en vertu d'un pouvoir illégitime et par la volonté dépravée de ceux qui se soumettent à lui. Vous savez encore que ce prince du monde, avant la venue de Jésus-Christ, était honoré et adoré par tous les rois, par tous les princes, par tous les hommes, excepté dans un coin de la Judée.
Ce roi impie de Babylone, c'est-à-dire, le roi de ce monde, ce grand Léviathan, qui rôde comme une baleine dans cette grande mer, Isa. XXVII, 1, ce redoutable serpent trompait donc par ses ruses le genre humain, le subjuguait par sa puissance, et, le détournant de la voie de la vérité et du salut par ses armes et par ses ministres, l'entraînait dans son empire, c'est-à-dire dans les enfers.
Quelles étaient ses armes ? - D'abord, au dedans de nous, la chair, infectée du venin du péché et empoisonnée du souffle du serpent, chair qui nous attire toujours au péché, auquel elle est portée dès les premiers ans. Car de même qu'autrefois il se servit de la femme pour tromper le mari, aujourd'hui il use et abuse de l'infirmité de la chair, pour enlacer l'esprit.
Hors de nous ses principales armes étaient l'idolâtrie et son cortège, c'est-à-dire ; tous les vices ; parce que, comme il est écrit au livre de la Sagesse, « le culte des idoles abominables est la cause, le principe et la fin de tous les maux. » Sap. XIV, 27.
Ses armes étaient encore tous les rois et tous les princes qui, par toutes sortes de tourments et de supplices, maintenaient la peste de l'idolâtrie, c'est-à-dire, le culte de leur chef. Car les rois de toute la terre sont représentés par les sept têtes et les dix cornes du dragon, qui furent montrées à saint Jean dans l’Apocalypse, Apoc. XII, 3, et par lesquelles ce terrible dragon, rouge du sang des saints martyrs, assurait son règne.
Le Fils unique de Dieu est donc venu pour nous délivrer de cette odieuse tyrannie, et pour jeter hors du monde le prince du monde : ce qu'il fit par la croix et par sa mort, ainsi que lui-même, avant sa passion, l'annonça en ces termes : « C'est maintenant que le monde va être jugé ; c'est maintenant que le prince de ce monde va être chassé. Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre (c'est-à-dire,mis en croix ), j'attirerai tout à moi. » Joan. XII, 31, 32.En d'autres termes, le tyran étant expulsé du royaume du monde, le Maître légitime du monde prendra sa place.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)Par sa mort Jésus-Christ a donc détruit celui qui avait l'empire de la mort ; et ainsi il a affranchi ceux que la crainte de la mort avait tenus pendant toute leur vie sous la servitude. Bien des siècles avant, Isaïe l'avait prédit en ces termes : « En ce jour-là le Seigneur punira de sa dure, grande et forte épée Léviathan, ce serpent immense, Léviathan ce serpent tortueux, et il tuera la baleine qui est dans la mer. » Isa. XXVII, 1. Il l'appelle immense, pour exprimer son vaste empire, qui s'étendait jusqu'aux extrémités de la terre ; et tortueux, à cause des divers artifices qu'il emploie pour nuire. Ce terrible adversaire, qui semait la désolation sur cette vaste mer, le Seigneur promet donc de le détruire de sa forte épée, c'est-à-dire, par la puissance de son Esprit.
L’Évangile appelle ce même adversaire « un fort armé, » Luc.XI, 21, et nous montre un plus fort que lui, c'est-à-dire, notre Seigneur, qui survenant, le renverse de son trône, prend ses dépouilles, arrache ses armes et triomphe de lui en mourant. En effet, cette mort brisait les armes principales de l'ennemi; puisque « notre vieil homme, » instrument dont il se servait contre nous, « a été crucifié avec Jésus-Christ, afin que le corps du péché soit anéanti, et que désormais nous ne soyons plus esclaves du péché. » Rom. VI, 6. C'est ainsi que le Sauveur, par la vertu de son Esprit et par la grâce qu'il nous mérita en mourant, triompha de la puissance de la chair et renversa le vaste empire du démon.
Au reste, celui-ci en fit l'aveu lui-même à saint Antoine, comme le rapporte saint Athanase dans la vie de ce saint. Car le démon disant à saint Antoine : « Pourquoi les moines m'en veulent-ils, me persécutent-ils ? – Ils ont bien raison, répondit le saint, puisque tu les obsèdes de tes tentations. - Nullement ; ce sont eux-mêmes qui se font la guerre par leurs passions. Car, pour moi, je suis réduit à l'impuissance ; Jésus-Christ règne aujourd'hui partout. » - Le martyr saint Justin appuie ce témoignage, en disant que dans l’Église les exorcistes sont chargés de chasser le démon des corps des possédés. Or, l'ordre des exorcistes occupe un des derniers rangs de la hiérarchie ecclésiastique : ce qui fait voir que la puissance de l'antique ennemi a été si bien renversée par le Sauveur, que l'Eglise accorde à des enfants tout pouvoir sur lui.
Suivant Procope et suivant saint Eucher, cette chute est indiquée par les paroles prononcées contre le serpent au commencement du monde. Le Seigneur dit en effet au serpent : « Je mettrai de l'inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne ; elle t’écrasera la tête et tu tâcheras de la mordre au talon. » Gen. III, 15. Comme le démon avait pris l'image du serpent pour perdre la femme et la race de la femme, c'est sous l'image d'un serpent que lui est adressée la malédiction annonçant que la puissance et le triomphe, dont il était si fier, seraient anéantis, quand de la femme naîtrait un rejeton qui lui écraserait la tête, c'est-à-dire, renverserait sa tyrannie et son pouvoir. Or cette race de la femme, c'est non-seulement Jésus-Christ notre Seigneur, mais encore tous ceux en qui habite son Esprit, et qui gardent dans leurs âmes cette semence divine. Il ne reste donc plus au démon qu'à ramper sur la terre, qu'à s'attaquer à nos pieds, c'est-à-dire, à nos passions, afin de nous tendre par là ses pièges et ses embûches ; terrassé et désarmé, il ne peut plus machiner autre chose. Le Seigneur a donc raison de dire : « Lorsque le Consolateur sera venu, il convaincra le monde sur le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé » et condamné ; c'est-à-dire, il convaincra ceux qui rejettent leur dépravation sur la puissance du démon, puisque cette puissance a été écrasée par le bois de la croix de Jésus-Christ. Que l'homme donc n'impute maintenant sa perte qu'à lui-même, qu'il s'accuse et se reconnaisse l'auteur de sa perversité, lui qui ne peut plus être soumis au démon que volontairement. Car si le démon nous asservit encore, ce n'est plus par sa force, c'est par notre lâcheté.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)III
Voilà donc comment le Saint-Esprit convaincra le monde sur le jugement. Il le convaincra aussi sur la justice. Qu'entendons-nous ici par justice ? – Ce mot a plusieurs significations ; mais ici nous entendons par justice celle que Jésus-Christ notre Seigneur a apportée au monde, la justice de la foi ou de l’Évangile, dont il est écrit dans Daniel : « Dieu a fixé le temps de soixante-dix semaines sur ton peuple et sur ta ville, afin que les prévarications soient abolies, que le péché trouve sa fin, que l'iniquité soit expiée, que la justice éternelle vienne sur la terre. » Dan. IX, 24. Vous voyez qu'ici est promise une justice nouvelle, différente de celle de la loi. Car la justice de la loi était depuis longtemps sur la terre ; elle avait été donnée avec la loi sur le mont Sinaï. Mais il est une autre justice qui devait être apportée par Jésus-Christ, et dont le Psalmiste disait : « Le Seigneur a fait connaître le salut qui vient de lui, il a révélé sa justice aux yeux des nations. » Ps. XCVII, 2. Pour sentir la dignité de cette nouvelle justice, contenue dans l’Évangile, il faut la comparer avec l'ancienne loi, qui enseignait aussi la justice aux hommes ; afin qu'après avoir établi ce parallèle, nous comprenions ce que nous devons à Jésus-Christ notre Seigneur, auteur de cette justice, et combien notre condition, à nous qui vivons sous la grâce de l’Évangile, est plus heureuse que la condition de ceux qui vivaient sous la loi.
Il faut donc savoir que Dieu, qui conduit graduellement toutes choses d’un état imparfait à un état plus parfait, avait, avant la venue de Jésus-Christ, donné une loi incomplète et appropriée à ce temps-là, mais qui devait être complétée à l'avènement et par la voix du Christ.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)Or, il y avait surtout trois points, dont les hommes, soumis à cette loi, pouvaient se plaindre. D'abord le caractère des préceptes, très-nombreux dans la loi, très-difficiles, et qui exposaient aux peines les plus sévères : ce qui est figuré dans l'Exode par la lourdeur des mains de Moïse, Exod. XVII, 12 ; « car il était lourd le joug de la loi qu'il avait imposée au peuple. Aussi l'apôtre saint Pierre disait-il à ceux qui voulaient maintenir rigoureusement tous les préceptes de la loi : « Pourquoi vouloir imposer aux disciples un joug que ni nos pères, ni nous, n'avons pu porter ? » Act. XV, 10.
En second lieu, dans ces nombreux préceptes, il n'y en avait pas un qui conférât la grâce par lui-même. Aussi l'Apôtre les appelle des observances impuissantes et vides, egena atque vacua elementa, Galat. IV, 9, parce qu'ils ne contenaient en eux ni l’Esprit ni la grâce, et qu'ils ne les donnaient pas, la charité seule ayant alors cette puissance.
Enfin, cette loi ne promettait à ses fidèles observateurs que les biens de la terre; parce que la porte du ciel était alors fermée aux saints eux-mêmes ; le temps de l'ouvrir n'était pas encore venu.
Ces trois circonstances étaient donc de nature à détourner puissamment les hommes de l'observance des lois divines. Car les préceptes de la loi étant si lourds et si nombreux ; l'homme privé de la grâce, ayant si peu de force ; et la récompense, cet aiguillon du travail humain, étant si éloignée, pourquoi s'étonner que la loi divine eût alors si peu de zélateurs ? Mais Jésus-Christ notre Seigneur, avec l’Évangile, est venu admirablement changer tout cela.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
(à suivre)Car, pour commencer par la dernière de ces trois circonstances, dans l’Évangile, la rémunération, ce puissant stimulant au travail, est immense et présente, c'est la béatitude céleste. En effet, les âmes des justes, délivrées des entraves du corps, prennent aussitôt leur essor vers le ciel, à moins qu'il ne leur reste à effacer quelque chose dans le feu du purgatoire. Aussi est-il écrit de la venue du Sauveur : « Il porte avec lui ses récompenses, et il tient entre ses mains le prix des travaux. » Isa. XL, 10. On n'a plus cinq mille ans à attendre ; cette récompense céleste des bonnes œuvres est toute prête et sous la main.
En outre, la multitude de préceptes légaux, qui figuraient l'avènement de Jésus-Christ, se trouve anéantie par sa mort, et suppléée par le précepte unique de la charité. L'Apôtre le dit : « Quiconque aime accomplit la loi, car l'amour est la plénitude de la loi. » Rom. XII, 8, 10. Et encore : « En Jésus-Christ il ne sert de rien d'être circoncis ou incirconcis ; il faut la foi qui agit par la charité. » Galat. V, 6.
Or, ce changement a vivement porté les hommes à observer la loi divine. Isaïe l'atteste, quand il dit : Consummatio abbreviata inundabit justitiam, Isa. X, 22, c'est-à-dire, la consommation de toute la loi divine, qui se réduira au seul précepte de la charité, sera cause que la justice débordera et se répandra au loin partout l'univers, les hommes se soumettant volontiers au fardeau de la loi ainsi allégé.
Enfin, en troisième lieu, ce qui est le point sans contredit le plus important, les préceptes de l’Évangile ne sont point des observances impuissantes et vides ; ils sont au contraire féconds et remplis de la grâce, notamment ceux qui sont relatifs aux sacrements, car les sacrements contiennent la grâce et la confèrent quand on les reçoit dignement. Voilà pourquoi l’Évangile de Jésus-Christ est appelé loi de grâce. En effet, comme le dit très bien saint Thomas, toute chose tire son nom de ce qu'il y a en elle de plus saillant. Or, ce qu'il y a de plus saillant dans la nouvelle loi, c'est l'effusion du Saint-Esprit et de la grâce, par le canal des sacrements.
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