Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le saint jour de la Pentecôte
Publié : dim. 28 mai 2023 22:25
(à suivre)
PREMIER SERMON POUR LE SAINT JOUR DE LA PENTECÔTE.
Très-chers frères, bien que la très-sainte solennité de ce jour paraisse essentiellement propre à ceux des disciples du Seigneur qui reçurent à pareil jour les prémices de l'Esprit, elle ne nous est pourtant pas étrangère. En effet, le Saint-Esprit, qui descend aujourd'hui sur eux, y descend pour rester parmi nous aussi longtemps que durera le monde. C'est ce que nous proclamons chaque jour dans le symbole, quand nous disons que nous croyons à la sainte Église et à la communion des saints. Nous confessons, en effet, qu'il y a dans le monde une société de justes et de saints, dans lesquels le Saint-Esprit s'est choisi une demeure, une société de justes qui, sous la conduite et l'inspiration de cet Esprit, dédaignent et méprisent toutes les choses de la terre, comme vaines et périssables, et placent toute leur espérance, tout leur amour, toute leur félicité en Dieu seul, prêts non-seulement à fouler aux pieds tous les biens terrestres, mais encore à verser leur sang pour le glorifier et lui obéir.
Historique de la descente du Saint-Esprit. Pourquoi surtout le Saint-Esprit est-il venu ? Pourquoi est-il venu sous la forme d'un souffle ?
Factus est repente de cælo sonus, tanquam advenientis spiritus vehementis.
On entendit tout d'un coup venir du ciel un bruit comme d'un vent impétueux. Act. II, 2.
Le feu qui aujourd'hui est venu du ciel restera donc jusqu'à la consommation des siècles dans les âmes de beaucoup de fidèles. Le feu qui descendit sur le sacrifice offert par Moïse dans le désert nous offre une figure de cette vérité. Au moyen de morceaux de bois apportés chaque jour de la main des prêtres, ce feu se conserva dans le lieu saint jusqu'à la captivité de Babylone, et fut ensuite renouvelé d'une manière miraculeuse. A ce sujet, voici ce que nous lisons au second livre des Machabées : « Lorsque nos pères furent emmenés captifs en Perse, ceux d'entre les prêtres qui craignaient Dieu, ayant pris le feu qui était sur l'autel, le cachèrent secrètement dans une vallée où il y avait un puits profond et à sec, et le mirent là pour être gardé sûrement ; comme en effet ce lieu demeura inconnu à tout le monde. Et beaucoup d'années s'étant écoulées depuis ce temps-là, lorsqu'il plut à Dieu de faire envoyer Néhémie en Judée par le roi de Perse, il envoya les descendants des prêtres qui avaient caché ce feu, pour le chercher ; et ils ne trouvèrent point ce feu, comme ils nous l'ont rapporté, mais seulement une eau épaisse. Alors Néhémie leur commanda de puiser cette eau et de la lui apporter ; et, lorsqu'on eut préparé les victimes, il ordonna aux prêtres de faire des aspersions de cette eau, tant sur le bois, que sur ce qu'on avait mis dessus. Ce qui ayant été fait, et le soleil précédemment caché d'un nuage ayant commencé à luire, il s'alluma un grand feu, ce qui remplit d'admiration tous les assistants. » II Mac. I, 19 et seq.
Ainsi, ce feu, envoyé du ciel, et rallumé par un nouveau miracle, ce feu qui servait dans tous les sacrifices de l'ancienne loi, est l'image du feu céleste qui embrase aujourd'hui les cœurs des apôtres. Car de même qu'autrefois aucun sacrifice ne plaisait au Très-Haut, s'il n'était consumé par ce feu ; de même, nul sacrifice de justice, de piété, ou de louange, s'il ne tire sa vertu du feu de l’Esprit-Saint, n'est agréable à Dieu. L'action la plus honnête, si elle n'est pas inspirée par le feu de l'amour divin, ne saurait plaire à Dieu. Et de même que le feu du sacrifice de Moïse se conserva tant que la loi fut en vigueur, de même le feu de l'Esprit-Saint restera avec nous et résidera dans les âmes des justes aussi longtemps que durera la loi nouvelle, c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde. Nous avons donc eu raison de dire, que nous participons à la grâce de la solennité présente aussi bien que les apôtres. Cette grande solennité va faire le sujet de ce discours ; mais avant d'aller plus loin, implorons d'une voix suppliante l'assistance céleste par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.