Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IXe dimanche après la Pentecôte
Publié : dim. 30 juil. 2023 15:00
(à suivre)PREMIER SERMON POUR LE IXe DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE.
Explication de l’Évangile.
Videns Jesus civitatem, flevit super illam, dicens : Quia si cognovisses et tu, et quidem in hac die tua, quæ ad pacem tibi. Jésus, voyant la ville, pleura sur elle, disant : Oh ! si tu connaissais, toi aussi, du moins en ce jour qui t'est encore donné, ce qui serait ta paix ! Luc. XIX, 41, 42.
L'évangile de ce jour,mes très-chers frères, nous met sous les yeux une preuve éclatante de la miséricorde et de la tendresse de Jésus-Christ, versant de pieuses larmes sur la ruine prochaine de Jérusalem, qui déjà avait comploté sa mort. Il n'est pas inutile de rappeler en quelle circonstance le Sauveur fit entendre cette plainte.
Le temps s'approchait où il avait résolu de s'immoler lui-même sur l'autel de la croix pour le salut du genre humain, afin d'offrir à Dieu son père une mort imméritée pour délivrer de la mort les hommes coupables ; et le voilà qui s'avance librement vers les lieux où il doit souffrir. Or, afin de montrer à tous avec quelle allégresse il se présentait au supplice, c'est au milieu des transports de joie de toute la ville, par une foule qui tient à la main des branches de palmier et d'olivier, par des enfants qui acclament son règne glorieux, qu'il veut être reçu, comme s'il venait non pour être crucifié, mais pour recevoir une couronne, non pour mourir, mais pour s'asseoir à un banquet de noces. Et vraiment sur la croix furent célébrées ses noces avec l’Église, sur la croix fut fondé le royaume de Jésus-Christ. Car « Dieu a régné par le bois, » regnavit a ligno Deus.
Quelles étaient donc, au milieu de cette pompe triomphale, au milieu de ces cris de joie, de ces acclamations, de cette allégresse générale, quelles étaient les pensées du Sauveur ? Ah ! ne croyons pas que son cœur s'y soit arrêté un seul instant; c'est précisément alors qu'il répand des larmes amères, non sur la mort ignominieuse qui l'attend, mais sur la ruine prochaine de l'ingrate Jérusalem.
« Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle en disant : Oh ! si tu avais connu, toi aussi, et même en ce jour qui t'est encore donné, ce qui ferait ta paix ! Mais maintenant ces choses sont cachées à tes yeux. » La conjonction si exprime le désir, comme dans cette phrase d'un psaume: « Si vous faites périr, Ô Dieu, les pécheurs ! » Si occideris, Deus, peccatores. Ps. CXXXVIII, 19. Car le doux Sauveur, qui veut le salut de tous les hommes, désirait que les Juifs, comprenant le bonheur que le Père céleste leur envoyait par son fils, le reçussent avec respect et amour, et méritassent ainsi d'avoir part à ses bienfaits et à ses grâces. Cette plénitude de bienfaits divins, il la désigne sous le nom de paix. On sait que ce mot, chez les Hébreux, signifie non un bien particulier, mais la réunion de tous les biens, c'est-à-dire toutes les grâces que le Fils de Dieu a apportées avec lui dans le monde. Lorsqu'il vint sur la terre, « les sources du grand abîme des eaux furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes. » Gen. VII, 11, et une immense pluie de grâces tomba sur les hommes, sur le peuple juif d'abord, auquel il avait été promis avant les autres. L'éclairer par ses enseignements, l'affermir dans la foi par ses miracles, lui faire espérer la bienheureuse immortalité par ses mérites, le gagner à son amour par ses bienfaits, à son imitation par l'exemple de ses vertus, l'honorer de sa divine présence, le conduire enfin à la céleste félicité, tels étaient les désirs de Jésus-Christ.
Tels sont les desseins miséricordieux que ce peuple aurait dû comprendre, et qui cependant, au grand regret du Sauveur, étaient cachées à ses yeux. Sans doute beaucoup de Juifs, du vivant même de Jésus, reçurent ce bienfait avec amour et reconnaissance, et, après sa glorieuse résurrection, un plus grand nombre encore embrassèrent la foi en lui, ainsi naquit, grandit et se fortifia par le soin des apôtres la pieuse et sainte église de Jérusalem ; mais combien d'autres, aveuglés par l'éclat d'une si grande lumière, loin d'accueillir comme ils le devaient l'auteur de leur salut, semblables à des insensés et à des furieux qui se jetteraient sur leur médecin, le condamnèrent au supplice le plus atroce !