Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XXe dimanche après la Pentecôte
Publié : dim. 15 oct. 2023 15:41
PREMIER SERMON POUR LE XXe DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE,
où l'on explique l'Évangile du jour.
Rogabat Jesum ut descenderet, et sanaret filium ejus : incipiebat enim mori.
Il suppliait Jésus de venir et de guérir son fils, qui était près de mourir. Joan. IV, 47.
L'évangile d'aujourd'hui renferme le récit d'un éclatant miracle, où nous voyons le fils d'un officier, déjà près de la mort, guéri au commandement de notre Seigneur. Voici la narration que fait de ce miracle l'évangéliste saint Jean : « Il y avait un officier dont le fils était malade à Capharnaüm : Cet homme ayant appris que Jésus venait de Judée en Galilée, alla le trouver, le supplia de venir, et de guérir son fils qui était près de mourir. Jésus lui dit : Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point. L'officier insista en disant : Seigneur, venez avant que mon fils ne meure, » etc. Ave, Maria.
Je sais, mes frères, quelle est la force et la tendresse de l'amour des parents pour leurs enfants. David nous en offre un remarquable exemple, lorsque, pleurant avec une douleur amère un fils parricide, il s'écrie : « Mon fils Absalon ! Absalon, mon fils ! Qui me donnera de mourir pour toi, Absalon, mon fils, mon fils Absalon ? » II Reg. XVIII, 33. Qu'il était fort l'amour porté à ce degré !
Telle est enfin la tendresse des parents pour leurs enfants, qu'elle a donné lieu à ce proverbe : « Un père pour nourrir cent enfants, cent enfants pour nourrir un père. » Quelques philosophes ont essayé de trouver les causes de l'inégalité qui existe entre l'amour paternel et l'amour filial. Naturellement, disent-ils, l'efflux se fait du principe à la chose qui en sort, et non dans le sens inverse. La sève, par exemple, va des racines aux branches, non des branches aux racines. Or, tel est l'ordre de la nature que là où se porte la substance, là aussi se porte l'amour. Une autre raison se tire de l'obligation où sont les parents de faire du bien à leurs enfants, obligation que l'Apôtre établit en ces termes : « Ce n'est pas aux enfants à amasser des trésors pour leurs pères, mais aux pères pour leurs enfants. » Nec enim debent filii parentibus thesaurizare, sed parentes filiis, II Cor. XIII, 14.Or, dit Aristote, le bienfaiteur a plus d'amour pour l'obligé, que celui-ci pour son bienfaiteur ; car pour faire du bien, il faut aimer, et quoique celui qui a reçu des bienfaits soit tenu d'aimer, il ne le fait pas toujours, autrement il n'y aurait pas autant d'ingrats qu'on en voit sur la terre.
Mais la principale raison de cet amour, la voici : comme la nature, c'est-à-dire l'Auteur de la nature, ne fait jamais défaut dans tout ce qui est nécessaire à la conservation des êtres animés, et comme, parmi les choses nécessaires, il faut mettre au premier rang le soin des parents pour élever leurs enfants, et défendre contre mille dangers leur âge encore tendre, Dieu ne pouvait pas atteindre ce résultat par un moyen plus convenable qu'en mettant au cœur des pères un ardent amour pour leurs fils. Cela seul assure tout le reste, car il n'y a rien de plus fort, de plus patient et de plus infatigable que l'amour. « Quand on aime, dit très-bien saint Bernard, la peine disparaît, ou devient aimable. Aimons donc le Seigneur, et tout nous sera facile. »
Je veux faire ici, en l'empruntant aux philosophes, une remarque qui vous montrera la sollicitude et la sagesse admirable de la providence divine. Parmi tous les animaux, c'est aux oiseaux que l’Auteur de la nature a donné le plus d'amour pour leurs petits.
Voyez la poule : naturellement timide et craintive, elle ose, pour défendre ses poussins, s'attaquer à un homme armé; l'amour maternel l'emporte alors sur sa timidité ordinaire. Quelle est la raison de cette supériorité accordée aux oiseaux en ce qui concerne l'amour de la progéniture ? Parce qu'ils doivent se livrer à une fatigue plus grande pour nourrir leurs petits. Destinés à voler, ils ne pouvaient pas, comme beaucoup d'autres animaux, recevoir le lourd fardeau de mamelles gonflées de lait. Il leur faut donc, pour nourrir leurs petits, retirer les aliments déjà plongés dans leur propre gésier ; voilà pourquoi la divine providence, en même temps qu'elle leur a rendu plus pénible la charge d'élever leurs petits, a mis aussi en eux un amour paternel plus fort.
Mais arrivons à l'officier à qui son amour pour son fils malade inspire une si vive sollicitude.