Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent
Publié : dim. 01 déc. 2024 18:25
(à suivre)Louis de Grenade a écrit :
TROISIÈME SERMON POUR LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT.
Magnus dies Domini, et quis poterit sustinere ?
Il est grand le jour du Seigneur, et qui pourra en soutenir l'éclat ?
Joel. II, 11.
Mes frères,
Les disciples du Sauveur demandaient à ce divin maître quels seraient les signes de son second avènement et de la consommation des siècles ; parmi plusieurs qu'il leur indiqua, en voici quelques-uns, mentionnés dans l'Evangile de ce jour : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles ; il y aura sur la terre une grande terreur parmi les nations, la mer faisant un bruit effroyable par l'agitation de ses flots ; » et la suite, que vous avez déjà lue.
Quand je songe, mes frères, d'une part, à ce que ce dernier jour aura de solennel et de terrible ; de l'autre, à ce que la vie humaine nous présente partout de vices et de désordres, je cherche la cause d'un pareil aveuglement; et je ne puis m'empêcher de la voir principalement dans les fausses idées que la plupart des hommes se font, soit de la miséricorde, soit de la justice divine. Il est aisé de découvrir en cela l'action funeste du démon. Cet antique ennemi du genre humain travaille incessamment, avec toute l'ardeur et toute l'adresse dont il est capable, à mettre sous les yeux des pécheurs l'image de la divine miséricorde, non pour en exciter l'amour dans leur âme,mais pour qu'elle leur soit un prétexte qui les autorise à commettre de nouveaux péchés. Il s'efforce en même temps d'atténuer en eux l'idée de la justice et des jugements du Seigneur ; il en détourne leurs regards, afin de mieux les entraîner au précipice, en leur ôtant le frein d'une salutaire et religieuse frayeur. Il n'ignore pas que, s'il nous était donné de comprendre la plus légère partie même des rigueurs du divin jugement, il nous suffirait d'entendre prononcer ces deux mots : jugement, péché, pour que nous en fussions ébranlés jusqu'au fond de notre être.
Un homme qui venait de mourir reçut de Dieu la permission de manifester clairement à l'un de ses amis combien l'aveuglement des mortels à cet égard est profond et terrible. Prié par cet ami de lui dire en quel état il se trouvait après l'épreuve de la vie présente, il répondit avec un inénarrable gémissement : Personne ne croit, non, personne, personne. Et comme son ami lui demanda ce que signifiait cette étrange parole, il ajouta : Personne ne croit quelle est la sévérité des jugements de Dieu, combien sont effrayants les châtiments qu'il exerce. C'est de cette fatale ignorance, comme d'une source empoisonnée, que provient la déplorable facilité avec laquelle les hommes offensent le Seigneur. Pour dissiper, du moins en partie, ces fatales ténèbres qui pèsent plus que jamais sur les âmes, en ce qui regarde le jugement dernier, j'ai résolu de vous en présenter aujourd'hui, autant qu'il sera permis à ma faiblesse, le lugubre mais salutaire tableau. Pour cela, je tâcherai de vous expliquer cette sentence du prophète Joël que j'ai prise pour texte de ce discours : « Il est grand le jour du Seigneur, et qui pourra en soutenir l'éclat ? Magnus dies Domini, et quis poterit sustinere » A vous, mes frères, de recueillir avec une pieuse attention les paroles qui me seront inspirées par le plus redoutable des mystères. Ave Maria.