DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE.
Ego diligentes me diligo ; et qui mane vigilant ad me, invenient me.
J'aime ceux qui m'aiment, et je me rends présente à ceux qui veillent auprès de moi.
(Prov., VIII, 17. )
Voilà, mes Frères, des paroles qui conviennent premièrement à la Sagesse incréée, et qui sont ensuite appliquées par le Saint-Esprit même à Marie, mère de Jésus. C'est aussi par l'instinct de cet Esprit divin que l'Église les fait chanter aux fêtes principales de cette Vierge immaculée, afin de porter les fidèles, ses enfants, à avoir pour elle les sentiments d'une sincère et tendre dévotion, que je regarde, mon cher Auditeur, comme une source de toutes sortes de grâces et de bénédictions.
Les pauvres y trouvent des richesses pour le soulagement de leur pauvreté ; les malades, des remèdes à leurs maux ; les ignorants, de la science ; les faibles, de la force ; les délaissés, des secours ; les abjects, de la gloire ; les affligés, de la consolation ; ceux qui sont dans la peine, du repos ; ceux qui vivent dans l'inquiétude, de la paix. Les pécheurs y rencontrent la grâce ; les justes, leur sanctification ; enfin, il n'est point de condition, point d'état qui n'en ressente les bénédictions ; point de royaume, point de pays qui ne participe à ses grâces ; toute la terre est remplie de ses miséricordes et tous les hommes sont obligés à ses amoureuses bontés. En un mot, quand on trouve Marie, tous les biens sont trouvés, et c'est en elle, assure son dévot serviteur saint Bernard, que Dieu en a mis la plénitude : Totius boni plenitudinem posuit in Maria. Il n'en faudrait pas davantage, mes chers Frères, pour vous engager à vous consacrer totalement au service de cette Reine du ciel, qui chérit tendrement ceux qui l'aiment et se rend présente à ceux qui veillent auprès d'elle, dans les pieux exercices de leur solide dévotion : Ego diligentes me diligo ; et qui mane vigilant ad me, invenient me.
Mais pour augmenter en mes auditeurs l'empressement qu'ils ont à se dévouer au service de Marie et à lui rendre l'honneur qui lui est dû, j'ajoute ici deux motifs très-puissants qui formeront les deux parties de ce discours. Elle est la mère de Dieu, tel est le premier motif; elle est notre mère, tel est le second. Remarquez, s'il vous plaît, mes chers Frères, que Dieu se trouve honoré dans le service que l'on rend à Marie ; en effet, nous ne pouvons lui donner une marque plus sensible de notre amour que d'aimer celle qu'il a tant aimée, et qu'il a rendue si aimable. Considérez ensuite que nous nous trouvons tous intéressés dans le respect que nous lui rendons, à cause des biens incroyables qui nous en reviennent.
Marie est donc la mère du Tout-Puissant : jugez, mes Frères, de sa gloire et de sa puissance. Marie est la mère de tous les bons chrétiens : jugez de sa tendresse et de sa bonne volonté à leur égard. C'est la pensée de saint Bernard : Non deest Mariæ potestas, quia mater est omnipotentiæ ; nec voluntas, quia mater est misericordiæ. J'avoue en ce moment que je sens se former en moi-même une espèce de combat entre l'amour et la crainte. J'appréhende, d'une part, qu'en voulant vous entretenir des grandeurs de Marie, je n'affaiblisse ce discours par la bassesse de mes paroles.
Mais je sens en même temps que l'Esprit divin, voyant que dans ce sermon il s'agit de l'honneur et des intérêts de son épouse, donnera assez de force à mon amour pour triompher de cette crainte, en me faisant prendre la résolution de continuer mon dessein, sous les auspices et la protection de celle dont les secours ne nous manqueront jamais ; pourvu que nous les demandions à Dieu, en adressant à Marie les paroles dont l'Ange la salua autrefois, lorsque, prosterné devant cette Reine du ciel et de la terre, il lui dit avec un très-profond sentiment de vénération et de piété, de la part du Très-Haut : Ave, Maria.
Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Extrait de l'ouvrage des SERMONS DE SAINT VINCENT DE PAUL DE SES COOPÉRATEURS ET SUCCESSEURS IMMÉDIATS POUR LES MISSIONS DES CAMPAGNES, publié par l'Abbé JEANMAIRE, Paris, 1859.
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
(à suivre)PREMIER POINT.
Il est bon de vous dire d'abord, Chrétiens, que la dévotion à la Mère de Dieu, dont je viens vous entretenir aujourd'hui, est aussi ancienne que le christianisme. Les premiers chrétiens, les premiers fidèles l'avaient si grande pour cette digne Mère de Jésus, qu'ils venaient à Jérusalem, des lieux les plus éloignés, pour jouir du bonheur de la voir. Mais comme plusieurs ne pouvaient faire un si long voyage, quoiqu'ils en eussent un très-grand désir, saint Luc fit divers tableaux de la très-sainte Vierge pour satisfaire leur dévotion. Albert le Grand estime que le disciple bien-aimé, saint Jean l'Évangéliste, parmi les hauts mystères qu'il a proposés dans son Apocalypse, a eu un dessein particulier d'y faire voir sous diverses figures et emblèmes les excellences et les grandeurs de celle que Jésus venait de lui donner pour mère, et que ce qu'il a dit de ce trône admirable de Dieu, de cet autel mystérieux, de cette princesse revêtue d'un soleil et d'une couronne d'étoiles, se doit entendre de Marie, Mère de Jésus-Christ.
Tout cela supposé, je dis que nous lui devons rendre hommage et honneur, parce qu'elle est Mère de Dieu, et c'est mon premier motif de cette dévotion. Nous trouvons ce titre auguste bien exprimé dans saint Matthieu, lorsqu'il dit que Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, « de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ » De qua natus est Jesus, qui vocatur Christus. C'est du reste un point de foi décidé dans le Concile général d'Éphèse contre Nestorius, qui avait été assez hardi pour y soutenir qu'elle n'était point la Mère de Dieu, et que ce titre ne devait point lui être donné. O ciel ! quelle dignité qu'une créature, tirée du néant, appelle son fils le souverain Maître de l'univers ! Les plus hauts Chérubins et les Séraphins s'estiment bienheureux de la qualité de serviteurs, et c'est toujours beaucoup que la majesté de notre Dieu agrée les services de ses créatures ; mais que la qualité de Mère de Dieu puisse convenir à une créature, c'est ce qui surpasse toutes nos pensées et tous nos désirs.
En effet, nous voyons que les saints Pères et Docteurs de l'Église étendent sur la sainte Vierge certaines perfections qui n'appartiennent proprement qu'à Dieu, comme l'infinité, l'immensité, l'incompréhensibilité de sa grandeur et de sa gloire. Oui, mes chers Frères, ils disent que la maternité divine est en quelque façon infinie, immense et incompréhensible à tout esprit créé. Écoutez le bienheureux Pierre Damien : « Que toutes les créatures se taisent, et regardent en tremblant la grandeur immense de cette mère et se courbent sous le poids de sa gloire. » « Qui peut comprendre, dit saint Jean Damascène, quelle est cette dignité qui l'élève infiniment au- dessus d'elle-même, et qui la rend si proche de Dieu ? » Tota Deo propinqua. « Elle-même, dit saint Augustin, ne peut comprendre l'honneur qu'elle a d'avoir conçu le Verbe divin dans ses chastes entrailles, d'avoir été comme le premier trône où ce nouveau Roi prit l'empire du monde, d'avoir été, selon saint Denis Alexandrin, comme le premier temple où ce souverain Pontife s'offrit en sacrifice pour nos péchés » : In ipsa rex gloriæ factus est pontifex. Admirable élévation d'une créature ! Si la gloire des enfants revient par réflexion à l'avantage des pères qui les ont donnés au monde, ne faut-il pas avouer, dit Albert le Grand, que le Fils de Dieu rend par ce moyen la dignité de sa Mère en quelque façon infinie ? Filius infinitat matris dignitatem.
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
En effet, cette qualité de Mère de Dieu renferme tant de grandeurs, tant d'excellences et de prérogatives, qu'il faut toujours confesser ingénument qu'elle est élevée au-dessus des pensées des hommes les plus sages, et qu'elle surpasse sans mesure la portée des Anges les plus éclairés. En sorte que, comme l'excellence infinie, la pureté sans tache et la lumière inaccessible de la Divinité, dans la pensée de saint Paul et de son disciple saint Denis, semblent envelopper de ténèbres le trône de Dieu et le dérober ainsi à la connaissance de toutes les créatures ; de même, à proportion, les Anges et les hommes sont comme aveuglés en face de la montagne ténébreuse de laquelle est sorti le Saint des Saints.
Disons donc de Marie que sa glorieuse qualité de Mère de Dieu surpasse toutes les grâces que Dieu puisse communiquer à une pure créature. Elle est telle que Dieu ne peut rien produire hors de lui-même qui la surpasse ou qui l'égale. « Il peut bien, dit saint Bonaventure, créer un monde plus grand que celui-ci ; il peut produire un soleil plus lumineux que celui qui nous éclaire ; il peut faire des cieux plus vastes, des mers plus remplies ; mais, tout-puissant qu'il est, il ne peut créer une créature plus excellente que Marie, Mère de Jésus. » « Lui donner le titre de Mère de Dieu, c'est lui soumettre tout ce qui n'est pas Dieu, » dit saint Épiphane dans son panégyrique de la Vierge. Enfin, mes Frères, il faudrait savoir combien est grand le Fils de Dieu, pour concevoir jusqu'où va la dignité de Marie. Ce qui a fait dire à saint André de Crète qu'il n'appartient qu'à Dieu de louer dignement sa Mère. Cette très-pure Vierge reconnaît aussi avec humilité que cette dignité est un effet de la toute puissance du Très-Haut : Fecit mihi magna qui potens est. (Luc., 1, 49.) Et si, comme dit Notre-Seigneur, il faut juger de l'arbre par le fruit, estimez quelle peut être la Mère d'un Fils infini en toutes sortes de perfections, d'une Mère qui a engendré et conçu le Fils de Dieu, et qui a porté dans son sein le vrai fruit de vie ! C'est ce qui engage saint Épiphane à s'écrier, ravi qu'il est en admiration : « O sein de Marie, vous êtes plus grand que le ciel, puisque vous renfermez Celui qui ne peut être compris dans toute l'étendue de l'univers, et que, sans raccourcir sa grandeur, vous le recevez tout entier en vous-même ! Divine Mère, que ne devez vous pas attendre de l'Homme-Dieu qui vous est redevable de sa vie ? », « C'est ainsi, dit élégamment l'abbé Gœury, que cet Homme-Dieu parle à sa Mère : Vous m'avez communiqué l'avantage que j'ai d'être homme, je vous communiquerai la gloire que j'ai d'être Dieu. »
Car enfin, mes Frères, elle fut toute divinisée et toute pénétrée de la Divinité par le bonheur qu'elle eut de concevoir le Verbe divin, et par la grâce dont elle fut remplie au moment où ce grand mystère s'opéra en elle.
Saint Denis, qui se glorifie d'avoir vu en terre cette excellente copie de la Divinité, nous assure qu'elle était déiforme, et que si la foi ne lui eût appris qu'elle n'était qu'une créature, il l'eût adorée comme une Divinité : Si Deiformam te appellem, digna exiisti. Voilà comment les Pères et ces grands Saints, avec plusieurs autres que je passe ici sous silence, ont relevé dans la sainte Vierge l'auguste qualité de Mère de Dieu.
(à suivre)
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
C'est aussi, mes Frères, sur cette éminente dignité qu'ils ont fondé l'honneur que nous lui devons rendre, à l'imitation de celui que son propre Fils, Jésus-Christ, lui a rendu, accomplissant avec perfection le commandement qu'il avait fait d'honorer père et mère, et venant lui-même nous donner des exemples divins de cette soumission : Et erat subditus illis. ( Luc. , 11, 51. ) Nous lisons que Salomon, le plus sage de tous les hommes et la figure de notre vrai Salomon, Jésus-Christ, a beaucoup honoré sa mère. Le Fils de Dieu a incomparablement plus honoré la sienne très-sainte.
1º Il a été au-devant d'elle, la prévenant des bénédictions de sa douceur, la choisissant pour mère et la préférant au reste des femmes, prévenant et arrêtant en sa faveur le cours du péché originel ; 2° il s'est soumis à elle et lui a obéi pendant sa vie mortelle ; et depuis, il lui a rendu plus d'honneur qu'à tous les autres Saints, ayant inspiré aux fidèles de lui consacrer tant de fêtes, de lui ériger tant d'autels, de lui bâtir tant d'églises magnifiques où Notre-Seigneur a opéré et opère encore tous les jours, par son intercession, une infinité de prodiges et de miracles ; 3° il lui a fait part de son trône, et l'a fait asseoir à sa droite, l'établissant Reine des Anges et des hommes ; 4° Jésus-Christ fait tant de cas de ses prières, qu'il ne lui refuse rien de ce qu'elle lui demande : Pete, mater mea ( III Reg. , 11, 20 ), lui dit-il, avec beaucoup plus de raison que Salomon à sa mère Bethsabée « Demandez, ma mère, tout ce qu'il vous plaira. Neque enim fas est ut avertam faciem tuam : « Car, comment pourrais-je rien vous refuser, » tandis que vous élevez vers mon trône ces mains pures qui m'ont porté dans mon enfance, et que vous me présentez le sein sacré qui m'a allaité? Cela a fait dire au grand cardinal Pierre Damien que Marie conserve encore un droit d'autorité sur Jésus-Christ : « Vous approchez, ô Vierge sainte, du trône de la sacrée justice de votre Fils, non pas comme une servante qui prie, mais comme une mère et une maîtresse qui commande. »
Nous ne pouvons donc plus douter, mes chers Frères, que la très-sainte Vierge, en qualité de Mère de Dieu, ne demande tous nos plus profonds respects, et ne soit la plus excellente et la plus sainte de toutes les créatures. Mais un nouveau sujet de consolation pour nous, c'est que, comme elle a tout pouvoir sur son Fils, en qualité de Mère de Dieu, elle a aussi pour nous des tendresses ineffables en qualité de Mère des hommes. Par l'auguste titre de Mère de Dieu, elle a tout pouvoir de nous faire du bien, dit saint Bernard : Non deest Mariæ potestas, quia mater est omnipotentiæ, premier motif de notre dévotion ; et par l'aimable qualité de Mère des hommes, elle en a la volonté, ajoute le même saint : Nec voluntas, quia mater est misericordiæ. Deuxième motif tout-puissant pour attirer notre confiance, comme je vous le ferai voir dans ma seconde et dernière partie.
(à suivre)
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
SECOND POINT.
Nous disons, mes Frères, que la sainte Vierge est notre mère. Quel sujet de joie et de consolation pour les enfants de Dieu ! Oui, elle est la mère de tous les Chrétiens, mais principalement des élus et des prédestinés : 1 ° à titre de naissance : elle les a tous engendrés à Notre-Seigneur par la grâce ; c'est le sentiment de saint Augustin dans son Traité de la Virginité ; cet excellent docteur nous y enseigne que Marie est la mère de tous les membres de Jésus-Christ, c'est-à-dire de tous les Chrétiens, d'autant que par son incomparable charité elle a coopéré d'une manière très-parfaite à ce que les fidèles prissent naissance dans l'Église : Cooperata est charitate sua ut fideles in Ecclesia nascerentur. C'est apparemment pour cela que Dieu, au livre de la Genèse, menace le serpent de mettre la discorde entre lui et la femme, entre la postérité de cette femme choisie de Dieu et la sienne. Il y a en effet une guerre entre la sainte Vierge et le démon, entre les réprouvés, dont le diable est le père, et les élus, dont Marie est la mère. Comme Adam n'engendra les hommes à la vie que par le moyen d'Ève, disent l'abbé Rupert et saint Bonaventure, de même Jésus-Christ n'engendre les hommes à la grâce que par le moyen de Marie, leur commune mère. C'est donc avec grand sujet que Tertullien et saint Irénée appellent cette très-pure Vierge : Evæ correctio : deuxième Ève, qui a corrigé la faute de la première ; car Ève nous avait donné la mort, et Marie nous a donné la vie.
2º Elle est mère des élus à titre d'adoption. Elle les a tous adoptés pour ses enfants afin que son Fils unique fût le premier-né entre plusieurs frères qui devaient avoir un jour part à son héritage dans l'éternité. Représentez-vous donc, mes Frères, tous les prédestinés qui combattent sur la terre, toutes les âmes saintes qui expient le reste de leurs péchés dans les feux du purgatoire, et tous les saints qui jouissent dans le ciel du bonheur éternel : Horum omnium mater est, Marie est la mère de toutes ces nobles créatures, elle les a toutes adoptées pour ses enfants.
(à suivre)
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
3º Mais quand elle ne les adopterait pas à titre d'enfants, Jésus-Christ son Fils, Notre-Seigneur, les lui a donnés par testament et lui a communiqué les droits et l'autorité de père qu'il a sur eux, lorsque, de dessus la croix, il lui montra les élus en la personne de son disciple bien-aimé, et lui dit : Femme, voilà vos enfants ; puis, parlant aux élus en la personne du disciple, il ajouta : Mes enfants, voilà votre mère. Et dès lors le contrat de donation fut accepté de part et d'autre, et Marie fut déclarée et reconnue mère de tous les prédestinés ; en sorte qu'il n'y en a aucun, dit Origène, auquel on ne puisse dire avec vérité : Voilà votre enfant De quolibet dici Marive potest : Ecce filius tuus.
4º Il est aussi à remarquer qu'il ne s'en trouve aucun auquel elle ne rende de bon cœur tous les charitables offices de la plus tendre de toutes les mères ; elle les porte dans son sein ; elle leur a communiqué la vie de l'esprit ; elle les engendre à la grâce ; elle les aime tendrement ; elle les protège au milieu des dangers, les prenant sous sa sauvegarde pour les empêcher de périr ; elle pourvoit à leurs besoins, comme plusieurs l'ont éprouvé ; elle les console dans leurs peines ; elle les défend contre les ennemis visibles et invisibles, surtout à l'heure de leur mort ; elle plaide leur cause au jugement de Dieu contre le démon, l'ennemi juré des âmes ; elle leur procure l'entrée du paradis, et leur assure le céleste héritage ; j'entends parler de ceux qui, par leur solide dévotion à cette Mère d'amour, portent dignement la qualité de ses enfants.
(à suivre)
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Que pensez-vous de cela, pécheurs à qui les grâces de conversion sont si nécessaires ? Vous appréhendez de vous approcher du Père éternel, éblouis par l'éclat de sa majesté que vous avez si souvent offensée par l'énormité de vos crimes ; il nous a donné Jésus-Christ pour médiateur ; mais vous appréhendez le médiateur, parce qu'il est aussi votre juge. A qui donc recourir, mon cher Auditeur ? Ah ! Dieu y a bien pourvu ; car, par une admirable condescendance, il a remédié à la crainte que nous pourrions avoir de nous adresser immédiatement à sa majesté suprême ; il nous a donné une mère toute miséricordieuse et une médiatrice toute-puissante auprès de lui, afin que nous puissions plus facilement, par sa médiation et par son entremise, lui demander ce que nous souhaitons en obtenir ; c'est la pensée de saint Bernard, qui ajoute ces paroles : « Recourez à Marie, et je puis vous assurer qu'elle sera exaucée pour sa révérence. » « Elle est très prompte à s'intéresser pour nous ; elle ne se lasse jamais, dit saint Germain ; les biens qu'elle nous fait sont sans nombre. »
C'est ce qui a fait dire aux Pères de l'Église que Dieu n'accorde aucune faveur aux hommes que par le ministère de cette divine Reine. Jamais Joseph n'eut tant de pouvoir auprès de Pharaon que Marie auprès de Dieu : Ite ad Joseph; ite ad Mariam. Et ce sentiment des Pères est conforme à l'usage de tous les fidèles qui réclament son secours dans tous leurs besoins, et qui reconnaissent que, s'il y a lieu d'espérer quelque soulagement dans leurs maux, ils ne le doivent attendre, après Dieu, que de ses bontés, dit saint Bernard ; d'où il tire cette conséquence que nous devons tirer avec lui : attachons-nous à Marie par les plus tendres affections de nos cœurs et de toute la capacité de notre âme.
« Aimons et honorons Marie, dit le même saint Bernard, puisque c'est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie ; et il l'a ainsi voulu, pour calmer notre crainte, exciter notre foi, affermir notre espérance, bannir notre défiance et redresser notre pusillanimité. » Paroles merveilleuses, mes Frères, qui nous font voir que, bien qu'il n'appartienne qu'à Jésus-Christ de donner la grâce dont en qualité de chef il contient toute la plénitude, il est néanmoins vrai de dire, avec saint Jérôme, que Marie est comme le canal par où passent toutes les influences de la grâce de Dieu ! Aussi, comme l'enseigne saint Bernardin de Sienne, l'ordre que Dieu a établi dans l'Église porte que la plénitude de la grâce découle de lui par l'humanité de son Fils, et de cette humanité adorable sur la très-sainte Vierge, puis sur les membres de Jésus-Christ, dont elle est la mère.
Tout cela me fait dire, Chrétiens auditeurs, qu'une âme qui honore sincèrement Marie a tout sujet d'espérer en la miséricorde de Dieu. En effet, elle nous aime si tendrement qu'elle nous assure par ces paroles, que le Saint-Esprit lui met en la bouche : « Celui qui me trouvera trouvera la vie ; son salut viendra de la bonté du Seigneur, qui en est la première source » Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino (Prov., VIII, 35. )
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Mais, pécheurs et pécheresses qui depuis longtemps entretenez de mauvaises habitudes et de mauvais commerces, sans penser sérieusement à vous convertir, ne vous flattez pas de la protection de la sainte Vierge, sous prétexte que vous êtes enrôlés dans les confréries du scapulaire et du rosaire, et que vous avez ouï dire que ceux qui servent Marie ne peuvent périr. Sachez que votre culte lui est odieux et votre confiance injurieuse ; car c'est en quelque façon la rendre la protectrice de vos iniquités et la complice de vos désordres, desquels vous vous dites secrètement à vous-mêmes ce que se disait cet Israélite entendant la loi de Moïse : Pax erit mihi et ambulabo in pravitate cordis mei ( Deut., XXIX, 19) : « Toutes ces menaces ne m'alarment point, je puis sans danger persévérer dans mes désordres. » Malheureux que vous êtes, si on ne connaissait pas la sainte Vierge, vous donneriez sujet de croire que c'est d'elle et de vous qu'Ézéchiel parle en ces termes : Mater tua leaena ... in medio leunculorum enutrivit catulos suos. C'est-à-dire que vous feriez passer la sainte Vierge pour une lionne, puisque vous qui prétendez être son enfant ravagez comme un lionceau le bien d'autrui, etc., etc.
Et vous, mes Frères, qui vivez mal ensemble, dans les querelles, dans les haines, etc., la sainte Vierge n'aurait elle pas sujet de vous dire, par manière de reproche, comme Rébecca, quand ses deux enfants s'entre-choquaient dans ses entrailles : Si sic mihi futurum erat, quid necesse fuit concipere ? (Gen., XXV, 22. ) De quoi me sert d'avoir ces enfants dénaturés, moi la meilleure de toutes les mères ? Apprenez que, quand vous vous adressez à cette divine Vierge dans de pareils sentiments, elle vous regarde d'un œil d'indignation et vous dit aussi en secret, mais d'une voix intelligible : Numquid non ut filii Ethiopum vos estis mihi filii Israel ? (Am., IX, 7) : « N'êtes-vous point en mon endroit comme des Éthiopiens ? »… .. et la noirceur de vos âmes impures, la dureté de vos cœurs impitoyables, la licence de vos paroles scandaleuses et impies, enfin le déréglement de vos actions profanes, ne font-ils pas voir que vous n'êtes point de ma famille et que vous n'avez aucune affinité avec moi, qui ne veux point vous reconnaître pour mes enfants ni vous faire part de mes faveurs ? En effet, âmes chrétiennes, ils ne méritent pas d'en être écoutés. Si Joab, qui avait reçu une défense expresse de David de tuer Absalon, était venu se présenter à lui la lance toute rouge du sang de son fils, dans le dessein de lui demander des grâces, pensez-vous qu'il eût été bien reçu du même David ? De même, pécheurs, vous dont les crimes viennent de verser le sang de Jésus-Christ, vrai Fils de Marie selon la chair, et qui en paraissez encore tout inondés, lorsque, dans une si mauvaise disposition, vous osez bien demander des gages à cette Mère de miséricorde, croyez vous qu'elle s'empresse d'entériner vos requêtes ? Cela n'est guère probable ; car tout indulgente et toute miséricordieuse qu'elle est, elle ne peut avoir ni indulgence ni miséricorde pour ceux qui se montrent au moment même aussi cruels et impitoyables que jamais envers Jésus-Christ, son Fils bien-aimé ; elle n'a au contraire que des vengeances à faire exercer contre ces obstinés criminels de lèse-majesté divine.
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Voulez-vous donc, âmes chrétiennes, rentrer dans les bonnes grâces de cette Mère, affligée de vos cruautés et indignée contre vous ? Quittez les désordres de votre vie, en embrassant une pénitence qui vous réconcilie avec son Fils ; alors vous trouverez en Marie une mère adoucie et une favorable avocate à laquelle vous pourrez recourir en toute sûreté, dit saint Bernard : « Le Fils exaucera la Mère, et le Père ne refusera rien à son Fils ; elle sera, comme dit ce saint, après Dieu votre plus grande confiance et tout le fondement de votre espérance. » Quoique vous vous soyez rendus indignes de sa protection, ne laissez jamais pourtant de recourir à elle avec confiance, non-seulement pour le présent, mais en toutes les occasions. N'appréhendez point, dit saint Bernard, de vous approcher de cette charitable Mère, qui, bien loin d'avoir quelque chose de sévère et de rebutant, est pleine de miséricorde et de douceur. Avez-vous quelque présent à offrir à Dieu, offrez-le par les mains de votre mère, si vous voulez n'être pas rebutés. « Mon cher Frère, si tu veux éviter le naufrage sur la mer orageuse de ce monde où tu es incessamment agité d'orages et de tempêtes, ne détourne jamais tes yeux de l'aspect favorable de Marie qui en est la vraie étoile. Si les vents des tentations s'élèvent, si tu rencontres des écueils, des tribulations, regarde cette étoile, appelle Marie à ton secours. Pécheurs et pécheresses, pensez à elle dans vos dangers, dans vos embarras, dans vos irrésolutions, dans vos peines de corps et d'esprit ; qu'elle ne sorte jamais ni de vos bouches ni de vos cœurs, et surtout souvenez-vous que, si vous voulez obtenir l'effet de ses prières et de son suffrage, vous devez régler votre vie sur la sainteté de la sienne. La suivant, vous ne vous égarerez pas , c'est toujours saint Bernard qui parle, la priant, vous ne désespérerez pas ; pensant à elle, vous ne vous tromperez pas. Marchez hardiment dans les voies du salut qu'elle vous montre, et n'appréhendez ni de tomber quand elle vous soutient, ni de périr quand elle vous protège, ni de vous lasser quand elle vous conduit. » Je n'ai rien mis du mien dans ce passage du dévot saint Bernard.
Vous savez maintenant quelles sont les marques d'une solide confiance en la très-sainte Vierge ; elle ne consiste pas seulement à recourir à elle dans nos besoins, comme je viens de vous l'expliquer après saint Bernard, mais encore à avoir une haute estime de sa glorieuse qualité de Mère de Dieu, qui est le fondement de ses excellences et de ses grandeurs ; à professer un amour très-tendre, filial et effectif pour son auguste personne, dont le cœur maternel est rempli de bonté, de douceur et de charité pour nous qui sommes ses enfants ; enfin et principalement à imiter ses héroïques vertus, surtout sa pureté virginale, sa très-profonde humilité et sa très-ardente charité. Car, comme l'amour produit la ressemblance, et que la nature met toujours dans les enfants quelques traits des personnes qui les ont engendrés, ne dites pas, Chrétiens, que vous aimez la sainte Vierge, et n'ayez pas la hardiesse de l'appeler votre mère, si vous ne lui ressemblez pas par l'innocence de vos mœurs et si vous n'exprimez en vous le caractère de ses vertus.
(à suivre)
Re: Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Outre ces devoirs essentiels et généraux, il y a plusieurs pratiques particulières de dévotion à la sainte Vierge dont les Saints nous ont laissé de très-beaux exemples. Saint François d'Assise jeûnait tous les ans quarante jours en son honneur ; saint Bernardin de Sienne, l'illustre reine du Portugal sainte Élisabeth, et le grand roi d'Angleterre saint Édouard, jeûnaient tous les samedis de l'année, qui lui sont consacrés. Le B. François de Sales fit le vœu de réciter tous les jours un chapelet en son honneur, à quoi il ne manqua jamais aucun jour de sa vie, même parmi les grandes affaires où il se trouva depuis engagé pour la gloire de Dieu et pour l'intérêt de l'Église. Que si vous ne pouvez pas les imiter en tout cela à cause de vos travaux, du moins faites-en une petite partie. Mettez-vous tous les matins avec vos familles sous la protection de cette Mère d'amour ; adressez-lui chaque jour certaines oraisons, comme quelques dizaines de chapelet ou autres prières de l'Église ; sanctifiez bien ses fêtes par la confession et la communion. Si vous faites quelques pèlerinages en son honneur, que ce soit avec dévotion et non avec dissipation. Visitez souvent ses autels, après celui où réside le très-saint Sacrement ; ornez-les selon vos petites facultés.
Donnez des aumônes pour lui témoigner l'amour que vous lui portez ; dans cette vue, abstenez-vous de quelque chose ; privez-vous de quelque satisfaction autant que votre condition le pourra permettre. Inspirez cette dévotion à la sainte Vierge non-seulement à vos enfants et à vos domestiques, mais encore à tous ceux avec lesquels vous aurez quelque société. Si enfin vous êtes enrôlés dans quelques-unes de ses confréries, satisfaites du mieux que vous pourrez aux petits devoirs qui y sont attachés, bannissant tout scrupule en cas que vous y manquiez, puisqu'il n'y a point de péché, mais vous souvenant qu'il y a de grandes récompenses pour ceux et celles qui s'en acquittent comme il faut, non par routine, mais par amour.
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