SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE, ÉVÊQUE
331-396. — Papes : Saint Sylvestre Ier ; saint Sirice. — Empereurs : Constantin; Arcadius.
Le saint prélat dont nous allons écrire la vie fut doué d'un excellent esprit, d'une rare doctrine et d'une admirable éloquence ; de sorte qu'il n'a pas seulement surpassé tous les orateurs de son temps, mais qu'il a encore égalé les plus grands qui aient jamais paru dans l'Eglise : et ses œuvres sont une preuve authentique de ce que nous disons. Il naquit en Cappadoce, vers l'an 331, dans une famille de Saints. Sainte Macrine et saint Basile, ses aînés, contribuèrent à son éducation autant que ses parents. Aussitôt que l'âge le lui permit, il étudia les lettres humaines. Théodoret dit encore expressément qu'il mena quelque temps la vie monastique 1 ; mais il ne s'y engagea point. Il s'enchaîna même au monde par les liens du mariage. Il le regretta plus lard, dans son Traité de la Virginité il gémit de ne pouvoir profiter lui-même de ce qu'il dit de cette vertu, et il déplore la perte d'un bien qu'il a connu trop tard. Il épousa pourtant une femme de beaucoup de mérite, qui se rendit la compagne de sa vertu. Vivant ensemble d'une manière conforme à l'Evangile, ils s'éloignaient peu de la perfection de ceux de leur famille qui servaient Dieu dans le célibat. Au bout d'un certain temps, que l'histoire ne précise pas, Grégoire embrassa l'état ecclésiastique et remplit la fonction de lecteur. Mais, séduit ou par l'ambition ou par les charmes des lettres profanes, il cessa de faire aux fidèles la lecture des livres sacrés, pour enseigner la rhétorique aux jeunes gens. Ce fut un scandale parmi les chrétiens ; on voyait dans cette conduite une espèce de désertion de la carrière ecclésiastique et un grand danger pour celui qui s'y lançait. Saint Grégoire de Nazianze, son ami, lui adressa dans une lettre, à ce sujet, des remontrances également pleines de véhémence et de charité. On est porté à croire que ces reproches touchèrent notre Saint. Il est certain, en tout cas, qu'il ne fut pas longtemps rhéteur, et qu'étant rentré dans l'état ecclésiastique, il fut élevé à la prêtrise. Ce fut quelques années après, selon certains auteurs, qu'il perdit sa femme, dont saint Grégoire de Nazianze a fait un si bel éloge; il dit « qu'elle était l'ornement de l'Eglise ; il l'appelle une personne sacrée, vraie épouse d'un prêtre, égale en honneur et en dignité à son mari, et digne de grands mystères ». Ces paroles ont fait croire à plusieurs que, s'étant volontairement séparée de son mari, lorsqu'il entra dans le sacerdoce, elle avait été honorée de l'office de diaconesse 1.
1. Liv. IV, c. 28.
1. Cave prétend que saint Grégoire de Nysse a continué de cohabiter avec sa femme, même lorsqu'il fut évêque. Ce fait, dont il ne fournit aucune preuve, eût été contraire aux lois de l'Eglise, alors en vigueur: 1. Les diacres, les prêtres, les évêques, qui n'avaient pas été mariés avant leur ordination, devaient rester célibataires; 2 ceux qui étaient maries devaient se séparer de leur femme, par un consentement réciproque, pour entrer dans le sacerdoce. Selon saint Grégoire de Nazianze, la nécessité du célibat était devenue une conviction si populaire, qu'on n'aurait pas accepté les sacrements des mains d''un prêtre marié. Synesius refusa d'abord l'évêché de Ptolémaïs, parce qu'il ne pouvait l'accepter sans renoncer à tout commerce avec sa femme. Voyez Eusèbe, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Epiphane, etc. Ce n'est qu'a partir du VIIe siècle, lorsque l'Orient commença à ne plus se laisser guider entièrement par Rome, qu'il perdit peu a peu l'idéal du sacerdoce, et que le clergé, en s'affranchissant de la chasteté, perdit la considération, la science et le zèle.
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