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P. Louis-François d'Argentan (1615-1680), Capucin. Tome I. Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ.Conférence VIII. Partie I. a écrit : De l'enfance et de la vie cachée de Jésus-Christ.

Jésus a été nourri et élevé en apparence comme les autres enfants.

Si je vous disais que notre premier père Adam avait déjà trente ans dès le premier jour qu'il commença de vivre, vous croiriez que je vous dirais une chose ridicule. Car comment eût-il pu déjà avoir trente ans, puisqu'il ne comptait encore que le premier jour de sa vie ? Mais, toutefois, je vous dirai une chose très-véritable, puisque son Créateur lui ayant donné l'être dans l'état d'un homme parfait, et tel qu'il aurait pu avoir acquis à l'âge de trente ans par le cours naturel des années, il lui avait donné une dispense d'âge, le faisant majeur, et en état de posséder son bien, qui était l'empire de tout le monde, dès le premier moment de sa vie.

De même si, vous parlant du second Adam Jésus-Christ, je vous dirais que c'est un enfant qui n'a jamais été enfant, mais qu'il était homme parfait, non-seulement dans les premiers jours de sa vie, mais tandis qu'il était encore enfermé dans le sein virginal de sa très-sainte Mère ; peut-être vous jugeriez que je parlerais contre le bon sens, et que cela serait impossible. C'est néanmoins une vérité si constante, qu'il n'y a jamais eu que les hérétiques qui en aient douté ; et pour le comprendre plus facilement il faut distinguer trois substances en Jésus-Christ, sa divinité, son âme et son corps.

Selon sa divinité, il n'a jamais été enfant, quoiqu'il soit le Fils unique de son divin Père, parce qu'il n'a jamais commencé à vivre : il est vrai qu'il a un principe, mais il n'a point de commencement : il est vrai qu'il est par un autre, mais il est aussi ancien que le Père qui lui donne l'être. Jamais il n'a cru, il ne s'est point perfectionné avec l'âge, parce qu'il naît un Dieu infiniment parfait : dès l'instant éternel de sa divine génération, il n'a pas plus d'âge qu'il avait dans ce moment-là, et n'en aura jamais davantage ; il est si jeune qu'il ne fait que naître actuellement ; mais il est si vieux, qu'il n'y a rien de plus ancien que lui, pas même son Père éternel. Il est donc vrai que, selon sa divinité, il n'a jamais été enfant.

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Selon son âme, il est vrai qu'il a commencé d'être au moment qu'il fut conçu dans le sein de sa mère Vierge. Mais au premier instant que son âme fut créée par un art de la toute puissance, où il contribua lui-même avec le Père et le Saint-Esprit, elle se trouva aussi parfaite qu'elle l'est à présent ; le plein usage de la raison lui fut donné ; elle fut à l'instant aussi comblée de grâces, aussi éclatante de lumières surnaturelles (et même des naturelles qui ne dépendaient point des organes du corps), aussi riche de vertus, aussi embrasée du très-parfait amour de Dieu et mise dans la jouissance de la même vision bienheureuse de l'essence de Dieu ; en un mot, aussi parfaite en tout qu'elle est à présent. On ne peut donc pas dire qu'il ait jamais été enfant selon son âme, parce qu'il a été un homme parfait avant qu'il fût né, selon cette parole du prophète : Femina circumdabit virum. Il n'a jamais cru, il ne s'est point perfectionné selon son âme, il n'a rien acquis de nouveau dans la suite de ses années.

Mais, selon son corps, il est vrai qu'il a été enfant et semblable aux autres enfants ; et c'est en quoi paraît l'amour admirable qu'il nous a porté. Il faisait beau voir ce Verbe éternel qui est si puissant, qu'il pourrait en un moment faire sortir cent mille mondes tout parfaits du sein du néant et voir avec lui cette grande âme, qui avait elle seule plus d'intelligence et plus de pouvoir que tous les anges et tout le reste des âmes des hommes : voir ce Verbe tout-puissant du Père et cette âme si noble qui étaient ensemble dans ce petit corps humain, auquel ils pouvaient donner en un clin d'œil toute la grandeur et toute la perfection qu'il pouvait avoir dans la suite des années, et qui néanmoins le souffraient dans sa petitesse, parce que le Verbe éternel s'étant fait chair, exprès pour prendre sur lui toutes les infirmités de notre nature, ils voulurent avoir la patience d'attendre les progrès lents et imperceptibles de la nature; laissant former peu à peu ce petit corps, qu'ils arrêtèrent pour cela prisonnier dans le sein de sa mère, jusqu'au temps qu'il eut acquis une grandeur convenable pour en sortir. Puis étant né, ils donnèrent encore le temps nécessaire à la nature pour le faire croître insensiblement, sans donner plus de forces au corps pour avancer la conformation de ses membres, ni plus de facilité à la langue pour prononcer des paroles, ni plus de fermeté aux pieds pour marcher, ni plus de vertu aux bras et aux mains pour agir, que s'il n'avait été qu'un simple enfant comme tous les autres.

Ô Dieu ! quel assujettissement à une sagesse infinie, d'avoir bien voulu se soumettre aux faiblesses, aux démarches imparfaites et aux bégaiements d'un enfant ! Ô Verbe adorable ! parole éternelle ! éloquence infiniment sublime de Dieu votre Père ! à quoi vous abaissez-Vous pour l'amour de nous ?
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Mais a-t-il donc fallu, demanda une de ces dames, qu'étant un Dieu tout-puissant, qui nourrit si abondamment toute la nature, il ait été réduit lui-même à prendre du lait du sein de sa mère ? a-t-il fallu lui préparer les petits aliments et le faire manger, et le récréer par mille petites caresses, et enfin prendre tous les autres soins que nous prenons de nos enfants qui n'ont pas encore de raison ? Une sagesse Infinie avait-elle besoin de cela ? Ou plutôt était-elle capable de ces petits amusements que l'on ne ferait pas à une personne d'un âge parfait.

Sans doute, répondit Carpophore ; car suspendant exprès la toute-puissance de sa divinité et toutes les grandeurs de son âme, pour laisser la nature corporelle dans les mêmes dispositions où se trouvent les autres enfants, on voyait en lui les mêmes puérilités innocentes qui sont communes à ce petit âge. Mais c'étaient des actions d'une très-parfaite sagesse, non seulement parce qu'elles étaient conduites par cette grande intelligence qui est la règle infaillible de toutes les choses naturelles ; mais parce que la très-sainte humanité unie au Verbe divin, étant infiniment éloignée du péché et de toute sorte d'imperfection qui a rapport au péché, elle ne pouvait rien faire qui ne fût parfait selon son état.

La très-sainte Vierge sa mère, qui connaissait la dignité de ce divin enfant, s'acquittait envers lui de tous les devoirs de la plus parfaite des mères avec toute l'affection et la fidélité qui était digne d'une telle mère et d'un tel enfant. Ne vous persuadez-pas qu'elle eût voulu suivre les mauvaises pratiques de ces mères sans naturel, que les jurisconsultes appellent des demi-mères, qui se déchargent sur d'autres du soin d'allaiter leurs enfants. Ô Dieu ! qu'elle n'eût pas voulu souffrir que son adorable Fils eût pris une seule goutte d'un autre lait que celui de ses propres mamelles. Car comme il tenait d'elle seule toute la matière de son précieux corps, elle seule aussi voulait fournir de ses pures mamelles et de la région de son cœur toute la substance nécessaire pour le nourrir dans son petit âge. Saint Bonaventure tient que ce fut par figure et comme par prophétie de cette vérité, que Moïse encore petit enfant, ayant été sauvé du naufrage par la fille de Pharaon, ne voulut jamais prendre du lait des mamelles d'aucune femme égyptienne, mais qu'il fallut lui chercher une nourrice de sa nation ; et la providence leur fit trouver sa propre mère, de sorte que nulle autre qu'elle n'eut l'avantage de lui avoir donné son lait.
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Ce n'est pas que tous les êtres, depuis le Créateur jusqu'aux créatures, regardant ce divin Enfant comme le centre de leur bonheur et comme la gloire de tout l'univers, n'aient contribué chacun en sa manière à lui fournir sa substance, comme tout un état s'épuise pour la gloire de son monarque. Mais pour entendre de qu'elle façon je voudrais élever ici vos pensées, pour considérer une grande merveille que tout le monde n'envisage pas ; il faut remarquer que Jésus-Christ n'a rien de lui-même, et que tout ce qu'il a, il l'a reçu de quelque autre, et qu'il ne conserve aussi ce qu'il a en lui-même que parce qu'il est nourri et entretenu par quelque autre.

Si vous regardez sa divinité, il la reçoit de Dieu son Père ; il faut aussi que son même Père la nourrisse continuellement, en lui communiquant sa propre substance par une profusion toujours actuelle et qui ne s'interrompt jamais ; et si, par impossible, il la suspendait un seul moment, ce Fils unique ne vivrait plus selon sa divinité. Si vous regardez son âme sainte qu'il a reçue de Dieu par la création, elle n'a de vie surnaturelle, de grâces, de lumières, de perfections et de sainteté, que ce qu'elle reçoit du Saint-Esprit ; il faut aussi que le même Saint-Esprit nourrisse toujours en elle cette céleste et précieuse vie qu'il lui a donnée par une influence continuelle; et si, par impossible, il la suspendait pour un seul instant, elle perdrait cette belle vie.

Si vous regardez son sacré corps, il l'a reçu tout entier de sa sainte Mère, et il dépend d'elle pour la conservation et pour la nourriture de cet être corporel. C'est elle seule qui l'a formé dans son chaste sein, sans le secours d'aucune autre personne humaine. C'est elle aussi qui l'a porté sur ses bras, vers la région de son cœur, qu'elle épanchait en lui avec plus d'amour que son propre lait.

Vous demandez qui a contribué à la nourriture de l'enfant Jésus ? Voyez Dieu le Père, le Saint-Esprit et la Sainte-Vierge, les trois nobles sources de son être et de sa nourriture : le Père lui donne et nourrit sa divinité, le Saint-Esprit anime et nourrit son âme, la Sainte-Vierge lui donne et nourrit son corps.

Que vos tables sont augustes, Seigneur, et que vos mets sont délicieux.
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Il est vrai que depuis qu'il fut sevré des mamelles, saint Joseph eut la gloire d'être associé avec la sainte Vierge à ce ministère si sublime, de nourrir le propre Fils de Dieu : il y contribua durant plusieurs années avec le travail de ses mains. Ô grand saint ! quel honneur pour vous, qui fait envie aux anges du ciel ! mais quel ravissement pour votre âme, quand vous donnez du pain à celui qui nourrit tout ce grand univers par sa providence ! quand vous voyez croître peu à peu ce corps qui devait être la victime pour les péchés de tous les hommes , quand vous remplissez ses veines du sang qu'il devait répandre à torrents pour noyer nos crimes et sauver nos âmes ; quand vous le faisiez asseoir à votre table, et que vous pouviez lui dire les mêmes paroles que son père céleste lui dit dans la majesté de la gloire : Sede a dextris meis. Venez, mon Fils, asseyez-vous à mon côté droit, à ma table, vous qui devez me traiter si délicieusement à la table de votre gloire durant toute l'éternité. Ô Dieu ! quelles étaient les douceurs divines dont il remplissait votre cœur, pour le peu de pain que vous lui donniez de vos mains.

Mais à dire vrai, comme tous les êtres étaient intéressés à la perfection de ce grand ouvrage, qui faisait toute leur gloire et leur bonheur : on peut bien juger qu'ils conspiraient tous à lui fournir ce qu'ils avaient de plus excellent selon leurs vertus particulières, conduits à cela par la grande main de la providence qui les remue tous, s'estimant trop heureux, et se croyant tout consacrés, s'ils avaient contribué de leur part à quelque chose qui lui fût utile.

Heureux astres, qui lui avez versé vos plus bénignes influences ! heureux soleil, qui avez porté votre lumière jusque dans ses yeux ! heureuse terre, qui l'avez porté plus souvent que la sainte Vierge même, ni saint Joseph, ni nul autre de tous les êtres ! heureux air, qui avez eu vous seul le privilège d'entrer si souvent dans sa poitrine et de toucher son cœur, pour lui porter un rafraîchissement qui lui était nécessaire ! heureuses enfin toutes les créatures qui ont eu la gloire d'avoir servi en quelque chose aux besoins de leur Créateur !

Après cela, Carpophore se tournant vers notre bon ecclésiastique, qu'il croyait plus versé que lui dans l'intelligence de l'Écriture sainte, lui fit quelques demandes, qui l'engagèrent à nous découvrir d'autres grandes merveilles de l'enfant Jésus, comme vous allez entendre.
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Quelques remarques particulières des excellences de l'enfant Jésus.

Puisque c'est le même esprit de Dieu, qui a conduit la plume des prophètes du vieux Testament et celle des Évangélistes, d'où vient qu'ils ne parlent pas de la même manière ? Je lis ces belles paroles dans le prophète Isaïe, qui expriment si clairement la naissance, le nom et même la nourriture du Messie promis : Voilà qu'une Vierge concevra et enfantera un fils : il portera le nom d'Emmanuel ; il mangera le beurre et le miel, afin qu'il sache éprouver le mal, et choisir le bien (Isa. 7).
D'où vient que les Évangélistes n'ont pas usé des mêmes paroles ? d'où vient qu'on donna un autre nom à l'enfant, quand il fut circoncis le huitième jour ? d'où vient qu'ils ne parlent point qu'il ait mangé ce que le prophète avait désigné ? ne semble-t-il pas que tout cela était nécessaire pour faire voir l'accomplissement de la prophétie en celui que nous reconnaissons comme le Messie ?

Ne voyez-vous pas, répondit l'ecclésiastique, que les prophètes ont parlé comme des prophètes ; c'est-à-dire en figures ; et que sous les paroles qu'ils disaient, il y avait toujours quelque autre sens caché, que les Évangélistes ont exprimé simplement, sans user d'aucune figure! Combien de noms différents du Messie dans les prophètes ? Isaïe le nomme Emmanuel (Isa. 7) ; et lui-même un peu après l'appelle Admirable, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle futur, prince de paix (Is. 9). Jérémie le nomme, le Seigneur notre juste (Jerem. 23). Zacharie l'appelle un homme naissant (Zachar.). Tous ces noms lui conviennent à la vérité, parce qu'ils expriment chacun quelque chose de ses grandeurs ; mais ce n'étaient que comme des figures dont la vérité se trouve clairement exprimée dans le seul nom de Jésus.

La flatterie qui fait que les grands sont affamés de la gloire, voulant plaire à un grand cardinal et un grand ministre d'état, fit peindre tout le collège des cardinaux, chacun bien au naturel ; mais disposés de telle façon selon les règles de l'optique, que portant son œil en un certain point de vue, tous disparaissaient sans qu'on en pût discerner un seul en particulier, et toutes leurs espèces se réunissaient pour ne représenter que le seul visage au naturel de ce grand cardinal qu'on voulait flatter de cette pensée, ou que les éclats de sa gloire éclipsaient tous les autres, ou qu'il fallait fondre en un les perfections de toutes les éminences du monde, pour faire un homme comme lui. C'était une vanité ingénieuse, pour contenter un homme qui aimait la gloire.

Mais c'est une grande vérité, que tous les noms différents que les prophètes ont donnés au Messie qu'ils attendaient, n'étaient que comme des coups de pinceau jetés ça et là, pour exprimer par leur union l'adorable nom de Jésus qu'il porte : car lui seul les renferme tous et les surpasse en excellence, en douceur, en force, en majesté, étant comme l'esprit et la quintessence de tout ce que les prophètes ont voulu dire de lui par tous les titres différents qu'ils lui ont donnés.

Emmanuel signifie Dieu avec nous, Jésus veut dire davantage : car il exprime ensemble Dieu avec nous et nous avec Dieu, puisqu'il signifie l'union ineffable de la nature divine avec l'humaine et de la nature humaine avec la divine. Jésus dit plus qu'admirable, puisqu'il dit un Dieu adorable. Il dit plus que Conseiller. puisqu'il dit la sagesse infinie de Dieu le Père. Il dit plus que Dieu, puisqu'il dit un Dieu-homme. Il dit plus que fort, puisqu'il dit la vertu toute-puissante de Dieu. Il dit plus que père du siècle futur, puisqu'il dit un Dieu éternel, qui n'a ni passé ni futur. Il dit plus que prince de paix puisqu'il est notre paix et notre réconciliation avec Dieu son Père. Il dit plus que le Seigneur notre juste, puisqu'il est notre justice et la sainteté infinie. Enfin il dit plus qu'un homme naissant, puis qu'il dit un Dieu éternel qui a voulu prendre naissance parmi nous pour l'amour de nous. C'est ainsi que cet auguste nom renferme en soi-même et surpasse de beaucoup tous les autres que les prophètes lui avaient donnés.
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Quant au beurre et au miel dont parle Isaïe, pensez que c'est un prophète qui parle, et qui par conséquent nous parle en figures. Car quoiqu'il soit vrai que l'enfant Jésus étant né de cette terre promise qui découlait le lait et le miel, comme dit l'Écriture, et que les enfants des Hébreux étant nourris communément de ces sortes d'aliments qui sont doux et faciles, et dont ils avaient abondance, on peut bien juger que ce divin enfant en a usé comme les autres : néanmoins il est bien à croire que le saint Esprit qui faisait parler le prophète, ne lui eût pas inspiré de nous faire cette remarque particulière, s'il n'eût caché quelque mystère et une intelligence plus sublime sous ces paroles.

Les Saints Pères qui les ont méditées, se sont formé diverses pensées, qui conviennent toutes à dire, que c'est le symbole de la bonté et de la douceur admirable de Jésus-Christ.

Mais s'il m'est permis de dire la mienne, je considère que le beurre est un baume naturel, composé de plusieurs herbes digérées par un animal destiné au travail et qui enfin est dévoué à la mort, pour faire vivre les hommes en les nourrissant de sa chair. Peut-être que le baume que cet animal nous compose, sans en user jamais lui-même, et qui est tout pour nos usages, signifie les travaux de la vie laborieuse de Jésus-Christ, dont il nous fait le baume infiniment précieux de ses mérites, composé de plus de souffrances, qu'il n'y a de brins d'herbe sur la terre, et qu'il nous dévoue tout entier, sans qu'il en ait jamais rien retenu pour lui.

C'est pour cela que le prophète ajoute ces paroles qui nous montrent l'effet de ce baume divin : Afin qu'il sache réprouver le mal, et choisir le bien. Car n'est-ce pas ce qui doit faire la réprobation des méchants et l'élection des bons, selon le bon ou mauvais usage qu'ils auront fait des mérites du Rédempteur, quand il fera ce reproche sanglant aux réprouvés : Qu'ai-je dû faire pour voire salut, que je n'aie pas fait ?
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De même le miel est un autre baume naturel, mais composé par les abeilles qui sont presque entre les animaux ce que sont les anges entre les créatures : car elles sont toutes pures et vierges, la plupart des naturalistes étant d'opinion, qu'elles n'ont pas de sexe différent. Elles sont presque toujours élevées au-dessus de la terre, et ne vivent que de la substance la plus délicate, et pour ainsi dire, de l'esprit des fleurs dont elles composent leur miel : elles s'en nourrissent elles-mêmes, mais elles nous font aussi part de leur nourriture. Il semble que cela représente assez bien les délices de la vie contemplative de Jésus-Christ, qui ne vivait que des douceurs du ciel au milieu des amertumes de la terre, à la vue des perfections adorables de Dieu son Père, qu'il visitait comme autant de fleurs du paradis de l'éternité, desquelles il tirait cette suavité admirable qui faisait sa vie bienheureuse. Il n'est pas de ce baume-ci comme du précédent : car celui qui le compose s'en nourrit ; mais il fait part de sa douceur à toutes les âmes pures, dégagées de la terre et qui s'appliquent à la contemplation.

Il n'est pas possible qu'une âme se forme l'idée de cette ineffable douceur, pour l'entendre dire aux autres ; il faut qu'elle l'ait expérimenté : elle en apprend plus en un moment, quand il plaît à Dieu lui faire goûter tant soit peu de ce délicieux mets de sa propre table, que tous les hommes ensemble ne lui en pourraient enseigner. Mais elle ne reçoit pas cette faveur impunément, il faut qu'il lui en coûte la vie, comme à Jonathas qui disait : J'ai tant soit peu de miel, et voilà qu'il faut que je meure. C'est la mort de la vie mondaine, c'est la mort de la vie des sens, c'est la mort de la vie de la nature. Une âme ne saurait plus vivre que de la vie divine, quand elle a conçu ce que c'est. Plusieurs ont des attraits particuliers pour la dévotion de l'enfant Jésus, et il est vrai qu'elle a des charmes capables de gagner toutes les âmes qui ont de la douceur et de la tendresse : mais il faut qu'elles considèrent bien de quoi il se nourrit, c'est de beurre et de miel. Il ne faut pas séparer l'un de l'autre : l'un est tout dans les travaux et dans les fatigues, l'autre est dans le repos et dans la douceur ; c'est-à-dire, que la mortification et l'oraison doivent être inséparables dans une âme qui veut pratiquer une dévotion solide.

Je sais bien que les médecins conseillent l'usage du miel pour les enfants, parce qu'ils disent qu'il est propre pour les garantir de certaines petites maladies auxquelles ils sont sujets (Galenus, lib. 10, de medic. simpl. cap. 10). Là-dessus quelques-uns ont pensé que l'on devait prendre à la lettre ce que le prophète Isaïe a dit, que le Messie mangerait du beurre et du miel ; mais c'est sans raison. Il n'eût point fallu de médicament à l'enfant Jésus, d'autant qu'il avait un corps si bien composé, qu'il n'eût jamais été atteint d'aucune maladie, comme l'assurent saint Thomas et d'autres auteurs (d. Th. 3, p. q. 14, a. 4).
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Pourquoi non, reprit Carpophore, puisqu'il venait exprès, pour prendre sur lui nos infirmités qui sont les punitions de nos péchés, dont il a bien voulu demeurer chargé ? Et puisqu'il a été capable d'endurer la mort, pourquoi non pas les maladies qui sont les avant-courrières de la mort ?

C'est ce qui est admirable, répondit l'ecclésiastique, que Jésus-Christ pouvant mourir, il n'était pas capable de souffrir aucune maladie. Mais la parfaite disposition de son corps le dispensait de souffrir les douleurs de la maladie et la grandeur de nos péchés le condamnait à souffrir la mort. Véritablement il ne devait pas ni être malade ni mourir, si on s'arrête aux termes de la condamnation que Dieu prononça coutre Adam, puisqu'il était infiniment éloigné d'avoir aucune part à la faute qui le condamnait à la mort. Mais outre cela son sacré corps avait trois privilèges admirables qui devaient le dispenser de la mort et des maladies.
Le premier est que quoiqu'il eût pris une chair comme et celle d'Adam, néanmoins elle n'était pas de la condition d'Adam pécheur, mais de la condition d'Adam dans l'état de son innocence, avant que la sentence de mort eût été prononcée contre lui.
Le second est qu'il n'était pas un ouvrage de la nature, mais un chef-d'œuvre miraculeux de la toute-puissante main de Dieu, produit par l'opération du Saint-Esprit dans le très-chaste sein de sa mère vierge. Il devait donc être au-dessus de toutes les lois de la nature.
Le troisième, qui est le principal, est qu'il avait un droit particulier à l'immortalité et à l'impassibilité, étant animé d'une âme bienheureuse qui, selon les lois ordinaires, devait lui faire part de sa gloire, comme tous les corps des bienheureux, après la résurrection générale, auront part à celle de leurs âmes.
Ce n'a été que par un miracle continuel que Dieu suspendait cette gloire du corps adorable du Sauveur, pour le rendre capable de souffrir les douleurs et la mort pour notre salut.

Ô Jésus ! que nous répondons mal à cet excès de votre incomparable amour ! car hélas ! nous ferions des miracles, si nous le pouvions, pour nous exempter de souffrir pour vous. Vous êtes l'innocence même, et vous voulez souffrir ? Je suis chargé de crimes énormes, et je ne veux pas souffrir ? Vous la sainteté infinie, vous Dieu immortel, vous la joie des anges, vous voulez souffrir pour moi, misérable petit ver de terre, parce que vous m'aimez ! Et moi pécheur, moi qui devrais souffrir mille morts, je ne veux rien souffrir pour vous, mon Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, parce que je ne vous aime pas. Eh ! d'où vient, mon Dieu, que je ne vous aime pas, sinon parce que je ne vous connais pas ? car quiconque vous connaît, vous aime : il s'oublie soi-même pour ne penser qu'à vous et pour n'aimer que vous. Ô mon Jésus ! que je vous connaisse, afin que je vous aime, afin que j'aime à souffrir pour vous.
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L'enfant Jésus perdu et puis retrouvé après trois jours dans le temple, où il semble parler avec quelque sévérité à sa sainte mère.

Que c'est un déplaisir sensible à toutes les âmes qui aiment Jésus-Christ d'être privées de la connaissance de tout ce qu'il a dit ou fait , durant le temps de son enfance ! Car s'il est vrai que, du moment que Dieu eut parlé au jeune Samuel, et qu'il l'eut rempli de l'esprit de prophétie, on ne laissa pas perdre une seule de ses paroles, tant on les estimait précieuses : Et non cecidit ex omnibus verbis ejus in terram ( I Reg. 3 ). Combien est-il plus vrai qu'on ne devait pas perdre la moindre chose qui regardait l'enfant Jésus, puisqu'il était infiniment plus que Samuel ? Car il est certain qu'il ne faisait pas une action , et qu'il ne proférait pas la moindre parole qui ne méritât d'être écrite en lettres d'or.
Cependant toutes ces précieuses connaissances, qui sont écrites dans le grand livre des conseils de Dieu, sont perdues pour nous [...]

Mais n'avons-nous pas dans l'Évangile, reprit l'ecclésiastique, cette grande action qu'il fit dans le temple, à l'âge de douze ans ( Luc 2 ). La loi prescrivait à tous les Hébreux d'aller tous les ans célébrer la fête de Pâques à Jérusalem : la solennité durait toute la semaine, et la meilleure partie du jour se passait au temple, où les laïques demeuraient aux portiques, les hommes séparés des femmes (S. Antonin. Ep. hist. tit 5. c. 1 , § 5 ). Sur la fin de l'octave, la sainte Vierge, qui tenait toujours auprès d'elle son divin enfant qu'elle aimait plus que sa propre vie, fut si profondément abîmée en Dieu dans son oraison, qu'elle ne s'aperçut point quand il la quitta. Revenue de son extase, ne la trouvant plus auprès d'elle, elle crut qu'il serait allé avec saint Joseph ; car c'est ainsi que les enfants vont tantôt avec le père , et tantôt avec la mère. Mais la cérémonie achevée, et se rejoignant l'un l'autre, la sainte Vierge et saint Joseph, ils ne savaient où était l'Enfant. Ils se persuadèrent aisément que, dans le désir que tous les parents témoignaient pour cet aimable enfant, quelques-uns l'auraient accueilli pour avoir la joie de le posséder un peu, et s'en retournant en Nazareth ; et ils firent une journée entière de chemin dans cette pensée.

Hélas ! que ce jour leur fut long ! Que d'ennuis, que d'inquiétudes, et quelle passion de se revoir bientôt dans la jouissance de leur trésor ! Mais ils en sont plus loin qu'ils ne pensent ; ils espéraient de s'en approcher, et ils le fuyaient.

Arrivant le soir où devait être toute la parenté, et ne le trouvant avec aucun de leurs connaissances, percés jusqu'au fond de l'âme d'une très-cuisante douleur, ils s'en retournèrent en grande hâte en Jérusalem, et le cherchèrent partout, pendant trois jours entiers, mais inutilement. Que faisiez-vous, pitoyable mère ? quels étaient vos sentiments ? de quelle amertume votre cœur était-il rempli ? n'est-ce pas vous-même qui êtes l'épouse du sacré Cantique et qui dites en gémissant : j'ai couru par toute la ville, j'ai été dans toutes les rues cherchant mon bien-aimé, et je ne l'ai point trouvé. Combien de fois vous êtes-vous adressée à lui-même pour apprendre de ses nouvelles ? Indica mihi, quem diligit anima mea, ubi pascas, ubi cubes in meridie. Apprenez-moi donc, ô bien aimé de mon âme, où je pourrai vous trouver ? où vous êtes-vous retiré ? qui a eu soin de vous ? qui vous a donné à manger depuis trois jours que vous êtes absent ? Je demande à tout le monde, et personne ne peut me dire où vous êtes.

Eh ! ce n'est pas parmi la parenté, ni au milieu des rues d'une ville, ni dans le commerce du monde, que l'on trouve Dieu, quand on l'a perdu. Vous le savez, sainte Vierge. Allez au Temple vous le trouverez au milieu des docteurs, traitant des affaires importantes qui regardent la gloire de son divin Père. Elle y va, elle trouve ce jeune enfant plus beau qu'un ange, au milieu des docteurs de la loi, qui étaient des vieillards vénérables. On croit probablement qu'ils traitaient de la venue du Messie. Cette question ayant été fort agitée, depuis qu'on avait vu que les rois Mages étaient venus dire jusqu'à Jérusalem, qu'une étoile du ciel leur avait appris sa naissance : il leur faisait des demandes fort sages, pour apprendre d'eux, en apparence comme leur disciple, mais dans la vérité il les instruisait comme leur maître. Car ce que disait Origène est vrai, qu'il ne faut pas une moindre science pour interroger bien, que pour bien répondre, et qu'on enseigne souvent aussi bien en proposant des questions, comme en répondant. Ils étaient tous dans un profond étonnement d'entendre les divins oracles qui sortaient de sa bouche : Stupebant super prudentia et responsis ejus. Tous l'admiraient et lui applaudissaient.
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