Saint Thomas et l'Immaculée
Publié : mer. 07 mars 2018 14:49
Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 105 (Janvier 2011)
3. Actualité doctrinale
Saint Thomas et l'Immaculée
En une controverse sur la Tribune Micael en avril 2010, X a écrit :
« Pendant tous les temps du Moyen-Âge, "l'opinion commune", en ce qui concerne la très-sainte Vierge, a été le sentiment maculiste et non pas le sentiment immaculiste qui devait s'imposer par la suite, lentement, fort humblement & péniblement dans les départs, pour finir par triompher royalement sur la place ecclésiale en aboutissant, comme chacun sait, à la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception par le pape Pie IX en 1854. Même saint Bernard, pourtant fort marial, abondait dans le sens de "l'opinion commune" moyenâgeuse, maculiste, quoique la réduisant à son plus petit sens possible en s'imaginant que l'âme de la Mère de Dieu & notre mère, parfaitement sainte, avait cependant connu, "un instant fugace", la trace du péché originel… Cependant, en tant que catholique qui vivez après la proclamation dogmatique de Pie IX, vous êtes bien à même de voir que cette "opinion commune" moyenâgeuse n'émanait pas de Dieu. Il en est de même des écrits de saint Thomas d'Aquin.»
D’où ma réponse :
Quoique cette partie ne me soit point adressée, il me paraît utile d'y répondre.
D'abord parce que l'affirmation de l'existence d'une "opinion commune moyenâgeuse maculiste" est inexacte.
Ensuite et surtout, car tous ceux qui sont gênés par la grande précision du Docteur Commun et Universel de l'Eglise et par son immense autorité doctrinale, mettent cette apparence de défaillance en avant, soit pour repousser ce qui les dérange dans les exposés de l'Aquinate, soit parfois pour diminuer le poids de son autorité, voire pour l'écarter d'un revers de main.
Or, l'attribution à Saint Thomas de ce point d'enseignement demeure pour le moins controversée, comme l’a démontré Saint Jean Eudes.
Avant d'aborder, avec l'inspirateur et l'auteur du culte liturgique envers les Saints Coeurs de Jésus et Marie, les doutes fondés concernant l'attribution à l'Aquinate d'assertions inexactes, notons d'abord ces réflexions et avis qui valent pour tous les Saints Docteurs spécialement déclarés tels par notre Mère,
la Sainte Eglise :
Saint Jean Eudes a écrit :
« Quoi qu'il en soit, on ne peut pas se persuader, sans faire un tort notable à la très profonde humilité de ce saint Docteur, que, s'il était maintenant en la terre, il souffrît qu'on préférât sa pensée au sentiment des Souverains Pontifes, des Conciles généraux, de toutes les Universités catholiques, et de l'Église universelle.
Oh ! que de bon coeur il renoncerait à son propre sens, pour se soumettre à l'Esprit-Saint qui conduit l'Église, vu qu'il enseigne lui-même qu' il faut plus déférer à l'autorité de l'Église, qu'à ce qui a été avancé par saint Jérôme, par saint Augustin, et par quelque Docteur que ce soit, parce que la doctrine des Docteurs catholiques n'a aucun poids que celui que l'Église lui donne :
Magis standum est auctoritati Ecclesia, quam Hieronymi, vel Augustini, vel cujusque Doctoris, quia et ipsa doctrina catholicorum Doctorum ab Ecclesia auctoritatem habet.»
(Saint Jean Eudes, L’Enfance Admirable de la bienheureuse Vierge, 1676, t. 5)